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60 HISTOIRE DE l'œCVRE FRANÇAISE
çois ». Ordre est donné à M. le lieutenant d*en saisir les exemplaires « et aux libraires qui en auront * ». Ce n'est pas tout : le 12 mai il comparaît devant le Consistoire, reçoit « bonnes remonstrances » et s'entend « faire défense de la cène ^ ». Dans ses réponses « il s*est monstre du tout enflé et présomptueux ». Le procès-verbal de cette séance est assez explicite pour nous montrer à la fois Tétat d'esprit de l'accusé et de ses juges ^. De part et d'autre les sentiments sont montés au paroxysme : c'est la colère et c'est la haine; seulement dans cette lutte, préparée depuis si longtemps et qui éclate enfin, c'est Estienne qui a le beau rôle. Sa fierté se révolte, il a des mots cinglants et qui le vengent ; « il a dit qu'il y avoit plusieurs choses dans son livre qui lui plaisoient et si on y trouvoit quelque chose de mauvais qu'on le luy montrast... » Et comme on lui jetait encore à la face les noms de Pantagruel de Genève et Prince des Athéistes, il a respondit plus fièrement : Vous me chargés d'estre athéiste : si j'estois hors d'icy, je ne l'endurerois pas, quand il me devroit couster la vie. » Il ajoute enfin « qu'on le condamne sans Touyr, et quil faut eslre hypocrite pour leur plaire ^ ».
Sur ce, le Conseil arrête « qu'on le mette en prison pour l'en faire respondre ^ ». Estienne fut élargi le 19 mai; il ne resta donc enfermé que six jours ^. 11 semble qu'il ait regretté la vivacité de ses propos : c'était d'ailleurs le seul moyen qu'il avait de se donner de l'air ^. Nous voulons croire que Th. de Bèze qui, au fond, l'aimait, et qui lui continua son amitié, intercéda pour lui.
Estienne profita de la liberté qui lui était rendue pour s'en aller à Soleure protester auprès de M. de Sancy, au sujet du traitement qui lui avait été fait, et lui demander sa protection pour l'avenir. L'ambassadeur écrit encore au Conseil pour le mettre en demeure d'avoir à cesser toute persécution à l'égard d'Estienne. 11 laisse voir qu'il sait à quoi s'en tenir sur les ressorts de cette affaire : le silence d'Estienne « le faisoit esbahir et avoir de luy la mesme opinion que vous aviez (ainsi que vous m'escriviez) touchant quelque