RETOUR A GENÈVE
Mais « le pays » c'était pour Henri Estienne la France, c'était Paris ! Il y reviendra encore, mais il n'y fera plus que de courtes apparitions. De 1585 à 1589 nous le voyons tantôt à Paris tantôt à Genève, quand il n'est pas en Allemagne. Ses voyages, en même temps qu'ils se multiplient, laissent peu de traces dans sa biographie K Le 15 avril 1587, Melissus écrit à H. Estienne « à Genève m, pour le féliciter de la résolution qu'il a prise de remonter son imprimerie ^. Il le plaint « de s'être laissé décevoir par les vaines sollicitations de la cour de France, et de ne pas avoir su revenir en Suisse avant l'écroulement de sa fortune. Il s'agit maintenant de réparer ces ruines. Sa nouvelle compagne l'y aidera : elle prendra soin du patrimoine. Quant à Henri, il s'enfoncera tout entier dans les livres, en laissant les procès et ces châteaux en Espagne ** qui n'ont jamais enrichi leur homme. » En 1586, H. Estienne avait épousé Abigail Poupart * ; ce fut la troisième et dernière femme de cet homme qui, s'il ne restait pas toujours à son foyer, voulait cependant le conserver. Dans la préface de son édition d'Homère de 1588, il gémissait lui-même sur ses trop nombreuses absences. D'ailleurs comme le fait remarquer Renouard, ces deux années de 1588 et 1589 furent vraiment productives; citons, entre autres travaux considérables, la seconde édition du Thucydide^ avec la version latine ^.
Mais si partageant sa vie entre Genève et Paris, il réalisa pour un temps, quoique incomplètement son rêve, l'assassinat de Henri III vint l'en arracher brusquement^. Cet événement ébranla douloureusement son âme; et cette fois la France lui était définitivement fermée. Alors commença pour lui une vie errante traînant trop de mécomptes et de tristesses, et que la mort seule termina. Cette période marque la décadence de son talent, avec l'aiTaiblissement de ses forces physiques et de sa volonté. Mais plus que la vieillesse,
1. En 1386, il publie à Genève un travail critique sur Sënèque — et la 3* édition de 9 Pîndarc et des lyriques grecs » ~ en 1587, à Genève encore une nouvelle édition du Nouveau Testament grec. Mais sa dissertation sar les Critiques anciens grecs et latins parait à Paris, cette même année. L'épftre dédicatoire est adressée à Philippe Canaye, conseiller du roi; Estienne dit qu'il a écrit cet opuscule « in niediis auhc omnium tumuUuosissimo: tumultibus *». V. les titres complets de ces ouvrages dans Renouard, .Inn., p. 151 et suiv.
3. V. cette lettre citée dans Renouard, Ann.^ p. 431; elle se trouve publiée dans Goldasti Epistolàrum philologicarum centarise (Francfort, 1610), p. 315.
3. Ces bicoqaes et ces bagatelles : « atque istiusmodi Apinarum tricarumvc... » suivant rexpresaion proverbiale des Latins.