I. V. la pièce VU, publiée par M. Stein
S. V. notre appendice I, où nous discutons le valeur morale et biographique de ce document.
HISTOIRE DE l'œuvre FRANÇAISE
Estienne, notons que la défaillance morale où serait tombé Henri aurait été toute passagère. C'est à Paris que, cédant aux instances de leur oncle, il se serait laissé présenter, sinon comme absolument converti, du moins comme disposé à revenir dans le giron de TEglise catholique. Il aurait dans ce cas joué un double rôle, en comptant profiter des avantages qu'on lui offrait, sans renoncer au fond à ses sentiments. Nous savons bien que le caractère n a pas été toujours chez Henri Estienne aussi affermi qu'il eût été désirable; si sa pensée, telle qu'il l'a exprimée, n'a jamais varié, sa conduite et ses démarches ont paru, dans certains cas, au moins singulières : elles ont inquiété ses amis. Nous ne pouvons cependant admettre qu'il eût accepté l'idée d'une conversion de cette nature : cela était trop au-dessous de lui ; et quels catholiques sincères s'en seraient réjouis? Mais il est un fait : c'est que placé entre ses croyances et la perspective fort séduisante pour lui de rester à Paris, Henri Estienne a repris le chemin de l'exil pour rejoindre son père.
Etait-il resté indifférent aux souffrances morales que les calomnies et les menaces de ses ennemis, la défection de ses protecteurs, la nécessité de quitter à jamais la France, avaient fait éprouver à Robert Estienne ? Malgré tout le regret qu'il ressentait lui-même de vivre hors de sa patrie, avait-il pu blâmer cette détermination forcée de transporter leur établissement à Genève, et ne puisait-il pas des motifs de consolation dans les amitiés nouvelles qui les entouraient, dans la liberté plus grande qui allait protéger leur science? — Quelle affection fut celle de Henri Estienne à l'égard de son père, et quelle vénération, il l'a dit maintes fois et avec trop de piété émue pour que nous ayons le droit d'en douter *.
Quand, en 1552, Robert Estienne, reposé de la lutte, se décida à rompre le silence et à écrire, non pas tant pour « les meschants, que pour les bons » sa « juste satisfaction », croyez-vous que ces pages, dans leur protestation éloquente, niaient pas laissé une forte impression sur l'esprit du jexme Estienne et qu'il n'y ait pas vu le premier testament moral de son père? Les censures des théologiens de Paris ^ avec la réponse d^iceluy parues d'abord en latin, furent
1. En 1565 il envoie à II. de Mesme : « les epitaphes de feu son père, tant precs que latins, qu*il a imprimez en telle magniiicence qu'on le peult appeler un mausolée lypojçraphique »> {Conform. p. 16). Hcnouard a réimprimé ces pièces dans ses Ann. des Estienne^ p. 3i3 et sq. Mais c'est dans pix;sque tous ses ouvrages que Henri Estienne a rendu un pieux hommage à la mémoire de son père: voyez notamment la préface latine du Thésaurus grœcee linguae^ et l'Ëpitre au Roy dans la Précell, (p. 2).