C'est un mot de l'Estoile, année 1598 {t. VII, p
4. Aussi J. Scaliger soumettait à II. Estienne ce qu'il voulait publier en français, en le priant « de corriger les gasconismes » qui lui seraient échappés. V. la lettre de J. Scnliger à A. de Thou, 6 avril 158» .Tamisey, p. 165).
CONCLUSION SLK l'hoMME 77
Eh bien ! si Genève lui a donné la doctrine morale qui est au fond de Y Apologie pour Hérodote^ c'est la France et c'est Paris qiû lui ont soufflé cette verve hardie et cet esprit railleur faits pour assurer le succès trop retentissant du livre. Gomment il a essayé lui-même de concilier ces tendances contraires qu'il sentait se développer en lui, c'est ce que nous avons aperçu dans ses réponses au Gonseil, dans son « avertissement au lecteur ». Aussi bien sa vie n'a-t-elle été qu'un perpétuel malentendu entre le monde et lui, entre les circonstances qu'il a dû subir, les milieux où il a été obligé de demeurer, et ses goûts, ses affections, ses espérances! G'est pour cela que nous ne le jugeons pas aussi sévèrement que ses amis de Genève ou que ses propres parents se sont permis de le faire. Ce n'est pas sa faute après tout si, ayant mis toutes ses forces à accorder ce qui n'était pas, en droit, contradictoire, l'indépendance de sa pensée et sa conscience religieuse — son honneur et son repos — il n'y a point réussi. Les événements ont été plus forts que sa volonté.
Mais plutôt que de lui reprocher ses faiblesses, nous préférons nous arrêter à ce qu'il y a eu de noble et de touchant dans le caractère de Henri Estienne. Son patriotisme attire invinciblement nos sympathies, et son âme, tourmentée par trop d'épreuves, mérite notre indulgence ; enfin la passion désintéressée avec laquelle il a recherché le vrai, commande notre respect. N'est-ce pas à la science qu'il a un peu sacrifié sa famille? L'amour de la science et l'inquiétude de l'âme, ce sont les deux traits saillants qui rapprochent de nous Henri Estienne et qui lui donnent, à travers trois siècles, une figure très moderne.