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LA SATIKE DANS l'aPOLOGIE 89
les queues de leurs mules ^ ». Les chats-fourrés de Rabelais reparaissent dans V Apologie : leurs femmes ont les dents longes et elles font parvenir leurs maris '^. Les chicaneurs sont déjà « le Poitevin et le Normand », « pipeurs, mangeurs, rongeurs, escorcheurs 3 », Les avocats prennent a dextris et a sinistris^ comme le prouve le conte des deux chapons gras que rapporte Maillard ^. Ils vendent aux riches le droit des pauvres. Estienne nous donne aussi un pastiche amusant du style des procureurs ^. Il refait après Marot le portrait du juge Rhadamantus (Jean Morin) ^, « qui méritoit en deux sortes d'estre nommé criminel », et dont les terreurs de conscience égarèrent la raison. A Morin, ou encore à Jean Musnier et au chancelier François Olivier, Estienne oppose la belle figure de Michel de THospital, exemple rare de grand savoir et de grande intégrité '.
Les chapitres sur la paillardise, sur les blasphèmes, sur les homicides, sur la cruauté de notre siècle, se rapportent pour une bonne partie à la société laïque ^. On y trouve des traits d'observation morale, profonds ou piquants, parsemés dans le récit avec cette véhémence indignée qui succède au rire. Estienne ne ménage pas les femmes! Il leur reproche leur bavardage et leur fausseté ^. Il remarque que les femmes mariées d'aujourd'hui demanderaient à réfléchir, avant de suivre le dévouement d'Alceste*^. Mais il blâme Lucrèce dont il discute le cas avec trop de subtilité ^^, et il condamne tous ceux « qui sont homicides d'eux-mêmes ». Il nous apprend que Bonaventure Des Périers a l'auteur du détestable livre intitulé Cymbalum mundi » s'est donné la mort *^.
Dans ce passage, l'un des plus signiGcatifs de V Apologie ^ on voit clairement les convictions de Henri Estienne. Il cite avec éloquence les jugements de Dieu, ces morts terribles dont Dieu frappe ceux qui l'ont blasphémé ou trahi. Il reprend en son