‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 91 sur 533 · ApoL, I · texte numérisé non relu

ApoL, I

9. Ibid.j note de M. Risteihuber. V. le Traité des Scandales^ Calv. operay t. VIII, p. 45.

LA SATIBE DANS l'aPOLOGIE 91

et nous avons dit sa réprobation à Tégard du Pantagruel. Nous aimerions à croire que Henri Estienne avait mieux compris le rire et la pensée de Rabelais. Mais non ! il était trop de son milieu pour laisser tomber les jugements sans appel qu'on rendait autour de lui. Dans une note qu'il a écrite pour lui seul et où, par conséquent, il se livre à nous, Henri Estienne s'étonne que J. Du Bellay ait employé cette expression à laquelle Tautre n'attachait pas sans doute d'importance : « le bon Rabelais ^ ». Lui, aurait évidemment préféré : le méchant Rabelais - ! Ce que nous nommerions « le rabelaisianisme », il le rattachait à ce qu'il appelait le lucianisme; mais ce mot était pour lui le synonyme exact d' athéisme . C'est ainsi qu*il mentionne des recueils de facéties, en avouant « qu'ils passent outre et tiennent du lucianisme. » Aussi les laisse-t-il, « car il ne veut pas brocarder toute sorte de religion. » C'est encore un de ses mots 3.

La conclusion de V Apologie est sommaire : « qu'il y ait eu et qu'il y ait encore tant de fous pour prêter l'oreille à tant d'abus, que le découvrement de ces abus ait coûté la vie à tant de mille personnes », voilà deux merveilles plus fortes que toutes celles récitées par Hérodote ^. Conclusion philosophique, empreinte de pessimisme chrétien. La bêtise et la méchanceté humaines, voilà surtout ce qu'Estienne a vu dans son temps, et ce qu'il espérait que l'action de la religion réformée guérirait ou atténuerait. Il faut lui savoir gré d'avoir protesté, parfois éloquemment, contre quelquesuns de ces abus, les plus criants, quoiqu'il ne l'ait pas fait assez au seul nom de la raison et de Thumanité.

Mais il y a autre chose dans V Apologie que de la passion religieuse. On y rencontre sur les hommes et sur les choses de la Renaissance, et particulièrement sur la langue française et l'histoire

1. V. le volume de Lyon, p. 382. L'expression est transcrite en marge et marquée d'un f^mei^Mi. («Yo(a hene.) (Cf. éd. Li^cux, Regrets^ sonnet 135.)

3. De même dans le volume d*cpigrummes grecques qu'il a annote, il rencontre cette remarque : « iis Hyacinthum adiungit Lucianus, homo innoccns ■* et il écrit en marfre « Locianus, Homo innoceiw. » Volume conservé à la Bibl. de Berne. CVst l'édit. de Frobeo, Basle 1549. V. notre appendice II.

3. Apol.^ II, 363. Il y aurait une étude curieuse à faire sur le lucianisme au xvi* siècle, c'est-A-dire, en prenant d'abord le mot au sens étymologique, surTinfluence des écrits de Lucien. Il est ceKain que Rabelais a imité Lucien ; il en a reproduit dans son œuvre des passages entiers. Bonaventure Des Péricrs s'en est aussi souvenu dans son Cymbûlam mundi. Ensuite Tctude deviendrait plus proprement morale : il s'agirait de déterminer ce que le scepticisme et la raillerie de l'écrivain grec sont devenus cher. Rabelais et chex Des Péricrs, et ce qu'il y a de nouveau, do personnel dans la pensée de nos deux écrivains français.

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