Le Journal de Genève
phiques qui permettent les séries et les comparaisons. On finira par tâter le pouls à l'espèce et au globe aussi facilement qu’à un malade, et l'on notera sur le vif les palpitations de la vie universelle comme on entendra pousser l'herbe des champs, ou résonner les taches du soleil, ou germer les agitations volcaniques. L'activité sera convertie en conscience; Gée! s’apercevra ellemême. C’est alors qu’elle rougira aussi de ses désordres, de ses laideurs, de ses misères, de ses crimes, et qu’elle prendra peut-être d’énergiques résolutions en faveur de la justice. Quand l'humanité aura ses dents de sagesse, elle aura la pudeur de s'amender et voudra réduire méthodiquement la part du mal. Le Weltgeist passera de l'état d’instinet à l’état moral. La guerre, la haine, l’égoïsme, la fraude, le droit du plus fort seront tenus pour des barbaries du vieux temps, pour des maladies de croissance. Les civilisés remplaceront leurs prétentions par des vertus réelles. Les hommes seront frères, les peuples seront amis, les races seront sympathisantes, et l'on tirera de l’amour un principe aussi puissant d'émulation, d'invention et de zèle qu'en a fourni le stimulant grossier de l'intérêt. Ce Millénium sera-t-il? C’est une piété de le croire.