La Religion
qu'il soit positif et non négatif, notre âme pénétrée du sentiment de l'infini est dans l’état religieux. La religion diffère de la philosophie, comme le moi naïf diffère du moi réfléchi, comme l'intuition synthétique diffère de l’analyse intellectuelle. On entre en religion par le sentiment de la dépendance volontaire et de la Soumission joyeuse au principe de l’ordre et du bien. C’est dans l’émotion religieuse que l’homme se recueille; il retrouve sa place dans l'unité infinie, et ce sentiment-là est sacré.
Mais malgré cette réserve, je rends hommage à cet ouvrage, qui est un beau livre, bien mûr et bien sérieux. L'auteur est aussi un noble caractère.
13 mai 1869. — Déchiqueture dans les nuages. Par les trous bleus un vif soleil darde ses rayons espiègles. Orages, sourires, lubies, colères et larmes : en mai, la nature est femme. Elle plaît à la fantaisie, émeut le cœur et fatigue la raison par la succession de ses caprices et la véhémence inattendue de ses bizarreries.
Ceci me rappelle le verset 213 du second livre des Lois de Manou : « Il est dans la nature du sexe féminin de chercher ici-bas à corrompre les hommes; et c’est pour cette raison que les sages ne s’'abandonnent jamais aux séductions
des femmes. » C’est pourtant la même législation qui a dit : « Partout où les femmes sont honorées, les divinités sont satisfaites; » et ailleurs : « Dans toute famille où le mari se plait avec sa femme et la femme avec son mari, le bonheur est assuré; » et encore : « Une mère est plus vénérable que mille pères. » Mais sachant ce qu'il y a d'irrationnel et d’orageux dans cet
être fragile et charmant, Manou conclut : « A aucun âge une femme ne doit se gouverner à sa guise. »
Jusqu'à ce jour, dans plusieurs codes contemporains et circonvoisins, la femme est encore mineure toute sa vie. Pourquoi? à cause de sa dépendance de la nature et de son assujettissement aux passions qui sont des diminutifs de la folie, en d’autres termes parce que l’âme de la femme a quelque chose d’obscur, de mystérieux qui se prête à toutes les superstitions et qui alanguit les énergies viriles. A l’homme le droit, la justice, la science, la philosophie, tout ce qui est désintéressé, universel, rationnel; la femme au contraire introduit partout la faveur, l’exception, la préoccupation personnelle. Dès qu'un homme, un peuple, une littérature, une époque s’efféminent, ils s’abaissent et s’amoindrissent. Dès que la femme quitte l’état de subordination où elle a tous ses mérites, on voit ses défauts