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naturels grandir rapidement. L'égalité complète avec l’homme la rend querelleuse; la domination la rend tyrannique. L’honorer et la gouverner sera longtemps la meilleure solution. Quand l’éducation aura formé des femmes fortes, nobles et sérieuses, chez lesquelles la conscience et la raison domineront les effervescences de la fantaisie et de la sentimentalité, alors il faudra dire : Honorer la femme et la conquérir! Elle sera vraiment une égale, une pareille, une compagne. Pour le moment, elle n’est cela qu’en théorie. Les modernes travaillent au problème et ne l’ont pas résolu.
15 juin 1869. — Le déficit du christianisme libéral c'est une idée trop facile de la sainteté, ou, ce qui revient au même, une idée trop superficielle du péché!. Le défaut des libérâtres se retrouve dans les libéraux, savoir : un demisérieux, une conscience trop large, un salut trop commode, une religion sans crucifixion réelle, une rédemption à bon marché, une psychologie trop frivole de la volonté, et surtout de la volonté perverse : un un mot, une sorte de mondanité théologique. Aux âmes très pieuses ils font l’effet
1. On était à cette époque, à Genève et dans toute la Suisse protestante, au plus vif des discussions entre l’orthodoxie et le « christianisme libéral. »
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de parleurs un peu profanes, qui froissent les sentiments profonds en vocalisant sur des thèmes sacrés. Ils choquent les convenances du cœur, ils inquiètent les pudeurs de la conscience par leurs familiarités indiscrètes avec les grands mystères de la vie intime. Ils paraissent des enjôleurs spirituels, des agents du Prince de ce monde déguisés en anges de lumière, des rhéteurs religieux à la façon des sophistes grecs, plutôt que des guides dans la voie douloureuse qui conduit au salut. — Ce n’est pas aux gens d'esprit, ni même de science qu'appartient l'empire sur les âmes, mais à ceux qui font l'impression d’avoir vaincu la nature par la grâce, d’avoir traversé le buisson de feu, et de parler non pas le langage de la sagesse humaine, mais celui de la volonté divine. Bref, dans l’ordre religieux, c’est la sainteté qui fait l'autorité, et l'amour ou la puissance de dévouement et de sacrifice qui va au cœur, persuade et attendrit.
Ce que les âmes religieuses, poétiques, tendres, pures pardonnent le moins, c'est qu'on diminue ou rabaisse leur idéal. C’est pourquoi toucher à Jésus leur paraît un sacrilège, et pourquoi ouvrir trop grande la porte du paradis leur semble un crime. — Jl ne faut jamais mettre contre soi un idéal; il faut en montrer un autre, plus pur, plus haut, plus spirituel, si possible, et dresser,
derrière une cime plus élevée, une cime plus élevée encore. Ainsi l’on ne dépouille personne, on rassure tout en faisant réfléchir, on fait entrevoir un but nouveau à celui qui voudrait changer de but. On ne détruit que ce qu'on remplace; et l'on ne remplace un idéal qu’en satisfaisant à toutes les conditions de l’ancien avec quelques avantages en sus. — Que les protestants libéraux présentent la vertu chrétienne avec une intimité, une intensité, une sainteté plus grandes qu’auparavant, et cela dans leurs personnes et dans leur influence, ils auront fait la preuve demandée par le Maître: l'arbre sera jugé à ses fruits.
22 juin 1869 (neuf heures du matin). — Temps somnifère. Quant à l'extérieur, tout est laid, gris et bas. Une mouche est morte de froid sur ma Revue moderne, en plein été! Qu'est-ce que la vie? me disais-je en regardant la bestiole inanimée. C’est un prêt, comme le mouvement.
La vie universelle est une somme totale qui montre ses unités ici et là, partout, comme une roue électrique laisse pétiller les étincelles à sa surface. Nous sommes traversés par la vie, nous ne la possédons point. Hirn! admet trois principes irréductibles : l'atome, la force, l’âme; la force