W. H. Dixon, New America
cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes! » La retraite, le travail, la méditation, la prière à la façon essénienne me sourient comme une existence de choix. Un intérieur aimant, pieux, tranquille, cultivé, c’est à peu près tout ce qui me tente. — L'instinct contemplatif et mystique se réveille en moi. Mais je me rappelle que je suis ondoyant et divers : Homo sum, nihil humani... Faisons notre tâche.
30 mars 1870.— Certes, la Nature est inique, sans pudeur, sans probité et sans foi. Elle ne veut connaître que la faveur gratuite et l’aversion folle, et n'entend compenser une injustice que par une autre. Le bonheur de quelques-uns s’expie donc par le malheur d’un plus grand nombre... Inutile d’ergoter contre une force aveugle.
La conscience humaine se révolte contre cette loi, et, pour satisfaire son instinct de justice, elle a imaginé deux hypothèses dont elle s’est fait une religion : la première est l’idée d’une providence individuelle; la seconde, celle d’une autre vie. Que les accidents et les infortunes incompréhensibles soient des dispensations paternelles d’un Dieu qui veut nous éprouver, et à l'instant la révolte fait place à l'esprit de soumission filiale. Que les étonnantes iniquités de ce monde doivent être réparées après coup, dans
une meilleure existence où il y ait de la joie pour tous les affligés et où la justice habite, et dès ce moment, les épreuves deviennent supportables. Ainsi la foi à une protection divine et l’espérance d'une immortalité réparatrice, voilà où l'humanité puise le courage, voilà le procédé génial par lequel elle se réconcilie avec les duretés de la destinée.
C'est là une protestation contre la Nature, déclarée immorale et scandalisante. L'homme croit au bien, et, pour ne relever que de la justice, il affirme que l'injustice qu’il touche n'est qu’une apparence, qu'un mystère, qu'un prestige, et que justice se fera.
Fiat justitia, pereat mundus!
C’est un grand acte de foi. Et puisque l’humanité ne s’est pas faite elle-même, cette protestation a quelque chance d'exprimer une vérité. S'il y a conflit entre le monde naturel et le monde moral, entre la réalité et la conscience, c’est la conscience qui doit avoir raison.
Il n’est nullement nécessaire que l'univers soit, mais il est nécessaire que justice se fasse, et l’athéisme est tenu d'expliquer l’opiniâtreté absolue de la conscience sur ce point. La Nature n’est pas juste; nous sommes les produits de la Nature : pourquoi réclamons-nous et prophétisons-nous