GOETHE
Qu'il accepte pour lui-même la loi de l'effort, la nécessité de la lutte, le jour du travail, mais qu'il soit secourable, fraternel, généreux, prévenant pour le prochain.
(Même jour). — Hier soir, après la fin du concert, l'esplanade briquée en arrière des hôtels, et les deux routes qui conduisent à la Haye, fourmillaient de mouvement. J’ai cru être sur un des grands boulevards parisiens, à la sortie des théâtres, tant il a roulé de carrosses, d’omnibus et de fiacres. L’écoulement a duré près d’une heure. Puis, sur le tumulte humain disparu, a resplendi la paix du firmament étoilé,
et aux rêveuses lueurs de la voie lactée n’a plus répondu que le lointain murmure de l'Océan.
Demain ici, théâtre. La Soupe aux choux est sur l'affiche; l’ami Marc! me salue ainsi aux confins du continent. Benvenuto! que fait-il maintenant, lui, l’athlète infatigable, l’intarissable homme de lettres? Le Journal des Débats, la Bibliothèque universelle, la Revue des Deux- Mondes voient constamment de sa prose, et son volume sur la littérature genevoise doit être au bout de l'impression, comme sa maison neuve va recevoir ses premiers locataires. Lui, ne perd pas sa vie et sait exploiter son temps el la marche du monde. Il a raison. Il a tout fait à point, et moi rien, voilà la différence entre nous. Aussi est-il connu et joyeux, tandis que je suis seul, stérile et dans l’ombre. C’est justice.
Qu'est-ce qui s’est donc interposé entre la vie réelle et toi? Quel écran de verre t'a comme interdit la jouissance, la possession, le contact des choses, en ne t'en laissant que le coup d'œil? C’est la mauvaise honte. Tu as rougi de désirer: tu t'es fait du désintéressement un point d'honneur inutile; tu t'es condamné au renoncement superflu et au détachement gratuit. Tu t'es traité bénévolement comme Sancho le fut