‹ Henri Frederic Amiel;Fragments d'un Journal IntimeChapitre 6 sur 29 · II · texte numérisé non relu

II

Réunion philosophique chez Édouard Claparède!. Question à l’ordre du jour : de la nature de la sensation. Claparède conclut au subjectivisme absolu de toute empirie, en d’autres termes à l’idéalisme pur. C’est joli chez un naturaliste. Le moi seul existe, et l’univers n’est qu’une projection du moi, une fantasmagorie que nous créons sans nous en douter, en nous croyant contemplateurs. C’est notre noumène qui s’objective en phénomène. Le moi serait une force irradiante qui, modifiée sans connaître le modifiant, l’imagine en vertu du principe de causalité, c'est-à-dire enfante la grande illusion du monde objectif pour s'expliquer lui-même. La veille ne serait qu'un rêve mieux lié. Le moi serait ainsi une inconnue qui enfante une infinité d’inconnues par une fatalité de sa nature. La science se résume dans la conscience que rien n’est sauf la conscience. En d’autres termes l’intelligent sort de l'inintelligible pour y rentrer, ou bien le moi s'explique à lui-même par l'hypothèse du nonmoi; mais il n’est au fond qu'un rêve qui se rêve. On pourrait, avec Scarron, dire de lui :

Et je vis l'ombre d’un esprit

Qui traçait l’ombre d’un système Avec l’ombre de l'ombre même.

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