Correspondance du 30 avril 1840: VI, 149 ss
saiiit-slmonienne, « celte doctrine nouvelle qui envisage toutes les questions sociales d'un point de vue plus élevé, et qui se distingue du républicanisme banal aussi avantageusement qu'un manteau de pourpre impérial se distingue d'une blouse de grisâtre égalité ' » .
L'année suivante déjà, le point de vue de Heine est modifié. Il voit toujours à l'horizon les signes précurseurs d'un grand bouleversement; seulement les ennemis de l'ordre établi il ne les nomme plus des républicains, mais des cojnmunistes et voit en eux « les derniers venus et les plus désespérés des enfants de la Révolution, — des enfants dénués de toutet désh(''rités dont la misère est égale à la folie » -. La lutte future ne sera plus politique, mais sociale. On ne se battra plus pour la forme du gouvernement, ni au nom d'un principe — pour la liberté ou pour l'égalité, — mais la grande masse des déshérités se soulèvera contre les riches, les heureux de la vie, et réclamera sa part de bonheur terrestre. La société actuelle, prophétise Heine, périra comme s'est écroulée jadis la société romaine quand vint Jésus, le fils du charpentier, et qu'il porta la hache sur le vieil édifice vermoulu. Le communisme aujourd'hui se cache, obscur et inconnu, dans les caves et les o-reniers, mais bientôt il entrera en scène. Ses doctrines subversives ont profondément pénétré dans les basses classes ; on réclame à présent non l'égalité des droits, mais l'égalité des jouissances ; il y a bien 400 000 travailleurs à Paris qui n'attendent qu'un mot d'ordre pour réaliser pratiquement cette idée d'égalité absolue qui fermente dans leurs cervelles fumeuses. Grande est leur force, car le communisme parle une langue que chaque peuple comprend; les éléments de cette langue universelle sont si simples, si faciles à retenir : la Faim, l'Envie, la Mort ^., Les socialistes sont les génies des ténèbres, les monstres redoutables qui dévoreront la société