‹ Henri Heine, penseurChapitre 107 sur 188 · Correspondance du 1:! juillet lt?42; (Vf, 316 s · texte numérisé non relu

Correspondance du 1:! juillet lt?42; (Vf, 316 s

de plus en plus pessimistes. Le triomphe des prolétaires ne saurait être que de courte durée « parce qu'en proie à une passion aveugle pour l'égalité, ils détruiraient tout ce qui est beau et sublime sur cette terre, et exerceraient surtout contre Fart et les sciences leurs fureurs sacrilèges * »; il est donc, à n'en pas douter, une menace pour la civilisation européenne. Et pourtant il est inévitable : il apparaît comme la conclusion logique du grand mouvement démocratique pour lequel Heine a lutté toute sa vie. Conclusion redoutable et grosse de périls, mais nécessaire cependant et devant laquelle il ne recule pas.

Heine accepte donc sinon avec enthousiasme, du moins avec résignation, la perspective de la révolution sociale. Mais il souhaite que les événements ne se précipitent pas. Et ainsi il parvient à concilier ses convictions démocratiques avec ses sympathies pour le régime de Juillet. Il nous montre en Guizot le partisan d'un progrès régulier et sagement ordonné, qui, voyant les précieuses conquêtes de la révolution mises en péril par la tempête qui se prépare, voudrait gagner du temps pour mettre à l'abri la moisson obtenue. Heine loue fort cette prudence. « En fait, dil-il, la continuation de cette période de paix où l'on peut engranger la récolte mûrie est notre plus pressant besoin. La semence des principes libéraux a d'abord poussé, abstraitement, en épis verts et il importe que ces épis aient le temps de mûrir tranquillement, que toute cette abstraction puisse se changer en réalité concrète et solide. La liberté qui jusqu'à présent s'est incarnée seulement çà et là en quelques hommes, doit aussi pénétrer dans les masses elles-mêmes, dans les couches les plus profondes de la nation et se faire peuple. Celte incarnation populaire de la liberté, cette évolution mystérieuse qui, comme toute naissance, comme toute maturation, exige comme condition nécessaire du temps et du repos, n'est certainement pas moins importante que ne le fut, jadis, la proclamation des

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