‹ Henri Heine, penseurChapitre 108 sur 188 · VI, 239; cf · texte numérisé non relu

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principes mêmes par nos devanciers. Le Verbe devient Chair et la Chair saigne. Xous avons une besogne plus humble et nous endurons des souffrances pires que nos devanciers*. » L'important n'est donc pas, en ce moment, d'affirmer solennellement des principes, d'arracher quelque lambeau de liberté au manteau de pourpre de la puissance souveraine, de promulguer de nouvelles lois démocratiques. Ce qu'il faut, c'est que le pays s'assimile les conquêtes de la révolution; et pour cela il a besoin de repos et de temps. Un roi prudent et avisé comme Louis-Philippe, un ministre sagement modéré comme Guizot sont, à ce point de vue, un bienfait pour la nation. Dès lors Heine, tout en reconnaissant la corruption profonde de la bourgeoisie et la fragilité de son règne, se trouve amené à souhaiter que le gouvernement de Louis-Philippe se maintienne le plus longtemps possible, et donne au pays, grâce à une administration sage et pacifique, les forces nécessaires pour traverser sans y périr la crise qui se prépare.

Est-il permis d'attribuer, comme on l'a fait parfois, ce modérantisme de Heine à des mobiles intéressés et de regarder la pension servie au poète sur les fonds secrets comme l'argument décisif qui l'a réconcilié avec le régime de Juillet ? C'est fort peu vraisemblable. Assurément cette pension faisait de Heine l'obligé de Guizot qui, à son avènement au ministère, lui avait continué le secours qui lui avait été oclro\('' vers 1836 par Thiers. Peut-être n'est-il j)as défendu de soupçonner que la reconnaissance — ou la crainte de se voir privé d'un subside qui lui était pi'écieux — ont pu déterminer le redoutable ironiste à exprimer ses impressions et à formuler ses critiques sur un ton plus modéré qu'il ne l'eût fait en d'autres circonstances. Et il faut bien, en tout cas, avouer que les jugements de Heine sur les affaires françaises eussent gagné en autorité s'il avait été dégagé de tout lien vis-à-vis du gouvernement. Mais rien ne nous permet de supposer que Heine se soit jamais laissé entraîner à fausser sa pensée par condes-

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