‹ Henri Heine, penseurChapitre 11 sur 188 · Lettres. XIX · texte numérisé non relu

Lettres. XIX

brillante société mondaine de Hambourg dont elle était une des reines les plus adulées, Amélie, en digne fdle de son père, ne paraît pas avoir été touchée un seul instant par l'amour ingénu de son pauvre et obscur cousin. Il n'est pas sûr qu'il ait jamais osé déclarer nettement sa flamme. Il est certain, dans tous les cas qu'elle ne l'a jamais encouragé et n'a rien compris à cette nature rêveuse et fantasque, enthousiaste et mobile. La douleur de Heine n'en a pas moins été profonde. Elle vibre longuement dans ses premières poésies ; elle transparaît çà et là dans sa correspondance où nous trouvons parfois des allusions à « ses vieilles blessures », à « son cœur insensé, déchiré, assauvagi » ; elle survit au mariage d'Amélie avec un propriétaire de Kônigsberg, John Friedlâiider (15 août 1821); elle se réveille, âpre et lancinante, lorsqu'il revoit de nouveau « le maudit Hambourg » en 1823, après quatre années d'absence; elle n'est pas éteinte encore quand, en 1827, le poète rencontrant sa cousine pour la première fois depuis son mariage, trouve que « lo monde est absurde, fade, anti-récréatif et exhale un parfum de violettes sèches^ » ; elle est toujours vivace lorsque, bien des années plus tard, Heine « pleure encore ou relient ses larmes avec colère » en confiant à Gérard de Nerval qu'il a souffert toute sa vie d'un amour de jeunesse enseveli dans son cœur et qui iie veut pas mourir- ; elle vibre encore, à la veille de la mort du poète, dans les strophes amères où il évoque le souvenir de « la blonde jeune fille, si gentille, si fine et si froide » qui avait dédaigné l'hommage de son cœur brûlant d'amour.

Et à peine Amélie est-elle mariée, à peine la blessure du cœur de Heine commence-t-elle à se cicatriser, qu'une nouvelle folie vient, comme il l'écrit à un ami, se greffer sur l'ancienne. Il s'éprend passionnément de la sœur cadette d'Améhe, Thérèse Heine qu'il avait quittée en 1819 toute enfant encore et qu'il retrouve, en 1823, dans tout l'éclat de la beauté précoce de ses seize ans. Il vit auprès d'elle,

Page 1