‹ Henri Heine, penseurChapitre 112 sur 188 · II · texte numérisé non relu

II

vibrantes de colère ou d'enthousiasme qui retentit en Allemagne après 1840, Heine lance ainsi les trilles stridents de son sifflet ironique. Aces convaincus qui lui reprochent d'être « un talent, mais sans caractère », il répond en personnifiant le caractère sans talent sous les traits d'Atta Troll, l'ours à tendances (Tende/izbâr), moral et religieux, bien pensant, mais qui danse mal et sent mauvais. Alla Troll est l'ours bateleur, le chantre patriote et républicain, qui exécute ses entrechats avec une gravité solennelle, comme on s'acquitte d'un sacerdoce, qui affecte de dédaigner l'impudent dévergondage de la danse humaine, mais n'en est pas moins extraordinairement flatté des succès qu'il obtient devant le public des hommes. Il est aussi l'ours égalitaire qui proteste contre la domination inique que s'arrogent ces aristocrates de Tanimahté, les hommes, qui prétend fonder « un équitable règne des animaux » et proclamer « l'égalité absolue de toutes les créatures de Dieu sans distinction de confession, de poil ou d'odeur ». Il est enfin le Vieil- Allemand, fleur de la culture autochtone, hostile au savon et au jargon des Hellènes ou des Romains, nationaliste et bon gymnaste, religieux surtout, fermement convaincu que là-haut, sous la voûte du ciel, trône, majestueux, sur son siège d'or, un colossal ours blanc entouré des Saints Ours qui ont souffert ici-bas... Il est évident que cet ours danseur, égalitaire et teutomane, qui tient à la fois de Freiligrath, de Proudhon et de Massmann est quelque peu difficile à concevoir et qu'on a pu à juste titre reprocher à Heine de n'avoir pas su créer un caractère conséquent et homogène ' . Du moins faut-il reconnaître que le personnage d'Atta Troll est pittoresque et divertissant, et que, s'il manque d'unité, on peut dire à la décharge du poète que le type du « républicain » allemand, qu'il a voulu portraiturer était lui-même singulièrement composite et présentait parfois des traits bien disparates !

Si Heine ne montre que peu de considérations pour les

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