Legras, H. Heine, poêle, p. 26o
libéraux et radicaux dont il blâme d'une part le républicanisme puritain ou l'égalitarisme niveleur et d'autre part les velléités nationalistes et unitaires, il a infiniment plus de respect pour le parti socialiste qui tend, vers ce moment, à se différencier toujours plus nettement du radicalisme. C'est l'époque où le développement du régime capitaliste en Allemagne donne naissance, soit dans les villes, soit dans les campagnes, aune classe de prolétaires sans cesse croissante; où les transformations de la technique industrielle ont pour corollaire la misère collective de populations entières, notamment parrni les travailleurs de l'industrie domestique ; où le soulèvement des tisserands silésiens révèle Tépouvantablo détresse qui règne dans ces bas-fonds de la société. De toutes parts les tendances socialistes se font jour. C'est le socialisme communiste des associations secrètes comme le Bund der Gerechten et la Jeune Allejnagne où se groupent, surtout à l'étranger et notamment en Suisse, les réfugiés politiques et les ouvriers ; c'est le socialisme chrétien et féodal d'un Huber ou d'un Wagcner; le socialisme bourgeois du Comité central pour le bien des classes ouvrières ; le socialisme philosoj)hique et littéraire de Hess et de Griin; le socialisme d'État de Rodbertus. El dans la Rheinische Zeilunij, dans les Deutsch- franzôsische Jahrbûcher publiés par Ruge et Marx à la suite de l'interdiction à peu près simultanée do la Rheinische Zeitung el des Deutsche Jahrbûcher, dans le Vorwârts fondé au début de 1844 par Bornslein et qui, à parlir du milieu de l'année, ouvre ses colonnes aux écrivains de la démocratie les plus avancés, le socialisme révolutionnaire commence à préciser ses doctrines et à entamer la lutte contre les pouvoirs établis'.
Heine se laisse entraîner dans ce mouvement. Il s'était intéressé aux rédacteurs de la Rheinische Zeitung lors de
1. Sur le mouvement socialiste des années quaranle, voir Adler, Gesch . der ersten socialpolilischen Arbeilerbewegungen in Deutschland, Bresltni 1885, p. 82 ss., iU3 ss.; et Mehring Geschichle der deutschen Sozialdemokratie, Stuttgart, 1898, I, 71 ss.
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linlerdiclion de ce journal et avait chaudement recommandé le socialiste Hess à son éditeur Campée Puis, tout en se tenant soigneusement à l'écart de la coterie Ruge comme il l'appelait, il collabora cependant aux Deutsch-franzusische .lnlirbûchei\ pour lesquelles il composa son cycle de poésies sur le roi Louis de Bavière, l'une des plus sanglantes satires qu'il ait jamais écrites ^ C'est vers ce moment, sans doute, qu'il entre en relations personnelles avec Marx qui dirigeait la revue avec Ruge et pour lequel il ressent une réelle amitié et une entière estime. De son côté Marx rend justice à la sincérité des sympathies démocratiques de Heine, comprend mieux les exigences de son tempérament d'artiste que ne le l'ont des puritains comme Borne ou Ruge et ne se scandalise pas comme eux des menues infractions du poète au code de la morale bourgeoise •\ Grâce à lui, Heine prend une part active à la campagne révolutionnaire. hovs(\\x9AesJahrbûcher cessent de paraître, Heine prend soin d'écrire à Campe que la disparition de la revue n'était causée ni par le manque d'argent ou d'articles, ni par l'indifférence du public; il ajoute même qu'on lui avait offert 40 000 francs pour continuer l'entreprise s'il consentait à se nommer comme rédacteur, et paraît dans tous les cas avoir fait des démarches en vue de créer un nouvel organe du parti radical et socialiste \ 11 fut en tout cas, avec Marx, Engels, Bakounine, Hess, Wilhelm Marr, Herwegh. Ruge, parmi les collaborateurs actifs du Vorwàrts où il publia un assez grand nombre de poésies, entre autres des attaques d'une extrême violence contre le roi de Prusse ^ Lors du voyage qu'il fit à Hambourg pendant