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expose avec une entraînante éloquence sa conception de la mission de l'Allemagne. Elle doit achever le grand œuvre de la Révolution commencée par les Français, elle doit réaliser la Démocratie universelle. Quand les Allemands auront poussé jusqu'à ses dernières conséquences la pensée de la Révolution, détruit le servilisme jusque dans son dernier refuge — le ciel,
— chassé la misère de la surface de la terre, rendu sa dignité au peuple déshérité, restauré dans ses droits imprescriptibles la beauté et la poésie méconnues, alors l'Europe, alors le monde, sauvé par eux, leur appartiendrai C'est vers cet idéal cosmopolite de concorde et de fraternité qu'il veut orienter les esprits de ses compatriotes. Et il combat dès lors avec toute sa verve passionnée les « nationalistes » de toute couleur,
— patriotes agressifs qui ne rêvent que guerres et conquêtes, romantiques, qui veulent restaurer le vieil empire germanique du moyen Age, ou positivistes utilitaires qui saluent dans le Zollvcrcin l'instrument de la régénération de l'Allemagne. Contre les représentants de l'absolutisme suranné, contre les défenseurs intéressés de la vieille foi qui redisent toujours « la vieille chanson des renoncements, ce dodo des cieux avec lequel on endort, quand il crie, le peuple ce grand mioche », Heine proclame en strophes magnifiques l'Evangile des temps nouveaux que lui ont appris les Saint-Simoniens :
« Amis, je veux vous chanter une nouvelle chanson, une chanson meilleure : nous voulons ici-bas, sur cette terre déjà, établir le royaume des cieux.
« Nous voulons être heureux sur cette terre; nous ne voulons plus souffrir de la faim ; le ventre paresseux ne doit plus dévorer ce que les mains laborieuses ont amassé.
« Il croît ici-bas assez de pain pour tous les enfants des hommes, il ne manque pas de roses et de myrtes, de beauté et de plaisir, et aussi de petits pois.
« Oui, des petits pois pour tout le monde, dès que les cosses éclateront! Le ciel, nous le laisserons aux anges et aux moineaux ^î »
Cet idéal nouveau, Heine s'en fait le prophète. Et il n'en-