II
184 HENRI HEIMi l'ENSEUR
tend point être un de ces spéculatifs timides qui reculent devant la traduction de leur pensée dans le domaine des faits. Il consent, lui, à ce que ses rêves deviennent réalités. Il veut être « créateur de valeurs ». 11 s'exalte devant la vision du licteur silencieux qui marche derrière lui avec les faisceaux et la hache, prêt à frapper, prêt à changer en actes toutes les pensées du poète, prêt à exécuter tous ses jugements, même s'ils sont injustes \ Sa foi dans son idéal est assez robuste pour qu'il accepte d'un cœur joyeux les terribles responsabilités sociales qu'il encourt et entende sans un frisson d'effroi la redoutable parole du licteur rouge :
Ich bin die Thaï von deinen Gedanken.
La rupture de Heine avec les gouvernements allemands était, celte fois, consommée. Jusqu'en 1843 aucune mesure de police n'avait été prise contre lui et il avait pu, en 1843 et en 1844, se rendre à Hambourg sans être inquiété. Mais à la suite des violentes attaques qu'il dirige contre le roi de Prusse dansles Zc'i/<^edichlc et dans Dcidschland, la situation change : des mandats d'arrêt sont décernés contre lui dans le courant de 1844 et l'attendent « avec une amoureuse impatience » à toutes les frontières d'Allemagne -. Et les autorités prussiennes désormais se montrent implacables. Lorsqu'on 184G Heine, gravement malade, demande l'autorisation do se rendre à Berlin pour consulter son médecin et ami Diefenbach au sujet de ses yeux, la police, malgré l'avis du roi lui-même qui incline vers la clémence, déclare qu'il n'est pas en son pouvoir de donner par avance au fugitif l'assurance que ses crimes de lèse-majesté resteront impunis'. De volontaire qu'il était au début, l'exil de Heine était devenu forcé.
Son exaltation belliqueuse, cependant, ne tarde pas à se calmer. Le Vorwàrts avait éveillé les inquiétudes de la