‹ Henri Heine, penseurChapitre 119 sur 188 · II. 89, Cr. 42, 89, 97, 103, 109, etc · texte numérisé non relu

II. 89, Cr. 42, 89, 97, 103, 109, etc

cruauté de celte vierge insensible qui porte « sous son corset un cœur comme un petit glacier », et qui, sans rien faire, sans rien dire, sans qu'il soit possible raisonnablement delui adresser le moindre reproche, a pourtant irrémédiablement brisé une vie humaine'. La femme n'est-elle pas «la sphynge véritable», l'énigme éternelle qui se pose pour tous les fils des hommes, énigme indéchiffrable dont elle ignore elle-même le mot, énigme mortelle dont la révélation, si jamais son mystère venait à ôtre trahi, ferait crouler l'univers '\ De même qu'il n'a trouvé dans l'amour que déboires et tristesses, il n'a rencontré auprès de ses proches qu'orgueil et félonie ; et le poète expirant a des accents terribles de douleur, de haine et de sanglante ironie pour maudire ceux qui l'ont abreuvé d'humiliations et d'affronts, l'ont lâchement frappé d'une blessure empoisonnée, ceux qui « avec le jus du raisin lui ont versé le poison », lui ont « traîtreusement volé sa jeune vie », lui ont brisé l'âme et le corps sans qu'aucun vengeur se dresse devant eux pour leur demander compte de ce forfait^ ! — Enfin est venue la « femme noire » : elle a pressé sur son cœur la tète du poète et ses cheveux sont devenus gris, « elle m'embrassa et je fus paralysé ; elle m'embrassa et je perdis mes forces ; elle me baisa les yeux et je devins aveugle, elle suça de ses lèvres sauvages, elle suça la moelle de mes os'' ». Rongé par l'implacable névrose, le poète meurt d'une lente, d'une interminable agonie. Son corps n'est plus « qu'un cadavre où l'esprit est emprisonné. » Il envie ceux qui s'en vont en plein bonheur, les heureux que la mort frappe de sa faux lorsque, parés de tous leurs atours, la tête couronnée de fleurs, le rire aux lèvres, ils sont assis, joyeux, au banquet de la vie^. Pour lui les heures, les jours se traînent lentement, pareils à de gigantesques escargots qui allongent au loin leurs cornes

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