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b. II. 89.
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grises. Et il n'aspire plus qu'à l'inconscience — à la lourde torpeur de l'opium ou au grand repos de la mort : « Le sommeil est bon, la mort meilleure — le mieux à vrai dire serait de n'être point né \ »
Et la souffrance ici-bas n'est pas l'exception ; elle n'est pas seulement le lot de quelques rares déshérités. Elle est la règle; elle règne en souveraine sur l'univers. Partout triomphe l'iniquité, le mal, la mauvaise cause. Partout une destinée cruelle ou ironique accable la vaillance, la beauté, la vertu, l'enthousiasme. Les Histoires sont, comme le dit fort justement M. Legras, « une sorte de livre d'or des vaincus «. Heine, y chante Harold le vaincu d'Hastings, Charles I" berçant mélancohquement dans une hutte de charbonnier l'enfant qui sera son bourreau, Firdusi qui expire dans la pauvreté le jour même où le schah Mahomet, réparant l'injustice qu'il lui fit jadis, lui envoie les plus riches présents ; il chante l'Asra qui meurt quand il aime, ou les nonnes infidèles à leur divin fiancé, qui sortent de leurs tombeaux et errent en procession à travers le cloître silencieux, implorant en vain le pardon du ciel qui les a maudites. Et parmi les vaincus de la vie il chérit d'une particulière tendresse les faibles, les déshérités, les parias de l'existence. Dans ses dernières poésies on sent parfois passer comme un âpre souffle de révolte contre la grande iniquité sociale, contre la misère des humbles et l'insolence des riches. 11 nous montre le négrier Mynheer van Koek contraignant les esclaves qu'il transporte sur son vaisseau à danser et à se divertir sur le pont pour les soustraire quelques instants aux miasmes meurtriers de l'entrepont, et priant dévotement Dieu de les maintenir en vie afin d'augmenter son bénéfice '. Ou bien il décrit le convoi funèbre du « philanthrope » qui meurt estimé de tous ses concitoyens, léguant sa fortune à toutes sortes d'institutions charitables, mais qui, un jour, a laissé mourir de faim sa sœur pauvre
\. II, 102, cf. 87 =., 10.3.