‹ Henri Heine, penseurChapitre 123 sur 188 · Cité par Strodtmann, Heine, II · texte numérisé non relu

Cité par Strodtmann, Heine, II

3. Revolutionûre Studien aus Paris, p. 192 s. ; cité par Strodtmann, Heine l\, 1Î6 s.

il a du moins le privilège de savourer, grâce aux pointes de feu qu'on lui applique le long de la colonne vertébrale, un avant-goût de l'enfer ^ Et quelques semaines plus tard il annonce publiquement, dans une Rectification adressée aux journaux allemands, le changement qui s'est fait dans ses opinions. « Dans certains moments, écrit-il, surtout quand les crampes font un vacarme par trop douloureux dans ma colonne vertébrale, je sens frémir en moi des doutes sur la réalité de ce que m'assurait il y a vingt-cinq ans, à Berlin, feu le professeur Hegel, à savoir que l'homme est vraiment un dieu à deux pattes. Dans le beau mois de mai de l'année dernière, j'ai dû me mettre au lit, et, depuis lors, je n'en suis pas sorti. Dans l'intervalle, je l'avouerai franchement, une grande transformation s'est faite en moi. Je ne suis plus un bipède divin, je ne suis plus « le plus libre Allemand après Gœthe », ainsi que m'a appelé Ruge en des temps de meilleure santé ; je ne suis plus le grand païen n° 11, que l'on comparait à Bacchus couronné de pampres, tandis que l'on donnait à mon collègue n° I le titre de Jupiter du grand-duché de Weimar; je ne suis plus l'Hellène heureux de vivre et un peu corpulent qui souriait du haut de sa sérénité sur les mélancoliques Nazaréens : je ne suis maintenant qu'un pauvre Juif malade à la mort, une image de la souffrance, un homme malheureux ^ » Et l'année suivante il raconte à son éditeur Campe qu'il vient de jeter au feu « les plus belles fleurs vénéneuses de sa période blasphématoire » et ajoute : « Pendant que tout cela pétillait dans les flammes,j'éprouvais, je l'avoue, une étrange impression; je ne savais plus au juste si j'étais un héros ou un fou, et, près de moi, j'entendais la voix ironiquement consolante de quelque Méphistophélès qui chuchutait à mon oreille : Le bon Dieu te donnera pour tout cela de bien plus beaux honoraires que Campe, et maintenant tu n'as plus besoin de te tourmenter pour l'impression, ni surtout

1. Lettre du 17 janvier 1849, publiée par E. Petit dans sa biographie do François Mignet, Paris 1889, p. 174 s.

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