VII
200 HE^Ttl HTINE PENSEUR
vieilli, désenchanté, il crut bientôt assister au début de la grande révolution européenne qu'il avait si souvent prédite, et ses lettres nous montrent qu'il se demandait avec anxiété où la tourmente qui se déchaînait allait le jeter : « Vous savez que je n'étais pas républicain, écrit-il à son ami Meissner le 12 mars 1848, et vous ne vous étonnerez pas que je ne le sois pas devenu. Ce que le monde poursuit et espère maintenant est devenu complètement étranger à mon cœur; je m'incline devant le destin parce que je suis trop faible pour lui tenir tète, mais je ne puis pas baiser le pan de son habit, pour ne pas employer une expression plus crue \ » Et un peu plus tard (9 juillet) il écrivait à Campe : « Je ne vous dis rien des événements du temps. C'est l'anarchie universelle, le tohu-bohu du monde, la fohe de Dieu devenue visible ! Le vieux Dieu devra être mis sous les verrous si cela continue. Voilà ce qu'ont fait les athées qui Tout irrité à le rendre fuu". » Heine suit«désormais avec un scepticisme croissant les événements qui se déroulent en France et en Allemagne. 11 n'a ni s^^mpathie, ni estime pour la république. Il reconnaît à la vérité que Louis-Phihppe, quelles qu'aient pu être ses vertus personnelles, devait inévitablement tomber, car il n'était pas un roi national, mais l'élu d'une petite coterie d'hommes d'argent qui l'avaient placé sur le trône parce qu'il leur semblait être la meilleure sauvegarde pour leurs capitaux. jNIais si la révolution de février a été, à ce point de vue, une victoire de l'esprit démocratique, elle ne tarde pas à aboutir à une défaite honteuse, à une lamentable humihation, et cela par suite de l'incapacité des mandataires du peuple qui ne savent pas faire usage du pouvoir dont les a investis la confiance de la nation. Braves gens et piètres musiciens, vaniteux et impuissants, les membres du gouvernement provisoire rappellent le menuisier Snug du Songe d'une nuit d'été, qui était très fier de jouer le rôle du lion, mais avait soin toutefois de prévenir le public qu'il n'était pas un vrai lion, mais seulement un