‹ Henri Heine, penseurChapitre 126 sur 188 · XXII, lu · texte numérisé non relu

XXII, lu

lion pour rire, un lion provisoire, et qu'il ne fallait pas s'effrayer de ses rugissements, La meilleur d'entre ces tribuns, Louis Blanc, n'est, aux 3^eux de Heine, qu'un pleurnicheur sentimental, honnête homme au demeurant, mais si ignorant qu'on se demande avec stupéfaction « comment ce crâne borné et microscopique pouvait bien contenir ces masses colossales d'ignorance qu'il déplo3^ait à toute occasion avec tant de prodigalité ». Quant au fameux Lamartine ce n'est qu'un rhéteur brillant et creux, un bavard inconsistant, un homme d'Etat médiocre et sans dignité, un piètre poète, au total « un ambitieux lyrique qui nous a toujours ennuyés en vers et dupés en prose' ». — Aussi Heine sent-il se réveiller tout son enthousiasme bonapartiste d'antan au moment de l'élection de Louis Bonaparte à la présidence. Il l'aime non pas seulement parce qu'il est le neveu du grand Napoléon, mais aussi parce qu'il le tient pour un homme de bien et espère que grâce à l'autorité de son nom il préviendra les calamités qui menacent le pays : « Tout comme Louis-Philippe, Louis Bonaparte est un miracle accompli au bénéfice de la France -. » Il célèbre son avènement au trône comme un triomphe pour la bonne cause, comme une reprise du mouvement démocratique arrêté par la défaite de Napoléon P'. « C'était, disait Heine, la cause de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, de la vérité et de la raison, c'était l'humanité qui perdit la bataille à Waterloo. » La restauration de l'Empire est donc la revanche de Waterloo, la victoire des peuples sur la Sainte Alliance et la réaction '. — Sans doute Heine dut souffrir, au fond de son cœur de démocrate, des suites du coup d'Etat et aussi du silence politique qui se fit dans la France impériale ; il pressentit même que l'Empire n'était pas éternel et déclarait un jour mélancoliquement à Adolphe Stahr que

1. Vf. .543. Ces jugements se trouvent dans le curieux fragment de Waterloo écrit au lendemain du 2 décembre et que Heine, sur le conseil de Campe, renonça à insérer dans les Aveux chi poêle.

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