‹ Henri Heine, penseurChapitre 127 sur 188 · VI, .538, 543 s · texte numérisé non relu

VI, .538, 543 s

l'avenir appartenait aux communistes et que Louis Napoléon était leur saint Jean ^ Mais il voyait dans la restauration de l'Empire un p^age de paix sociale et de même qu'il louait jadis Louis-Philippe et Guizot d'avoir su donner à la France le repos dont elle avait besoin pour s'assimiler les conquêtes de la révolution, il savait gré à Napoléon de retarder, grâce à son autorité sur les masses, l'explosion de la grande catastrophe qu'il voyait se préparer lentement dans les bas-fonds de la société.

L'avortement du mouvement révolutionnaire de 1848 lui paraît plus lamentable encore en Allemagne qu'en France. 11 ne tarde pas à se convaincre de l'impuissance absolue des Allemands à conquérir la liberté. Le parlement qui se réunit à Francfort dans l'église de Saint-Paul et où les libéraux et radicaux de toutes nuances essayent de fonder un régime représentatif pour l'Allemagne lui paraît une assemblée de grotesques et il décoche contre lui ses plus amers sarcasmes ; la lamentable expédition dirigée par Herwegh et une poignée de réfugiés allemands contre le pays de Bade lui inspire une poésie d'une acre ironie ; seuls les insurgés hongrois trouvent grâce à ses yeux et lui arrachent quelques accents émus^ 11 s'irrite de voir réapparaître la bannière noire rouge et or, les défroques usées du passé germanique, ressusciter Arndt et Jahn et les héros de 1813 et les étudiants de la Burschenschaft « qui s'enflammaient pour l'empereur quand ils étaient saouls » ; il s'inquiète de voir s'agiter, affairés, autour du temple de l'unité allemande la race funeste des diplomates, des prêtres et des juristes -. — Et quand la cause libérale eut définitivement succombé, quand cet incorrigible dormeur de Michel allemand se réveilla un beau matin « sous la garde de trente-quatre monarques », il n'eut point de pitié pour ces vaincus dont l'impéritie, la sottise et surtout l'impardonnable faiblesse étaient cause d'un désastre qu'il croyait sans remède

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