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206 HENRI HELNE PENSEUR
vœux ni des regrets ; je relate des faits, et je dis la vérité \ » Heine avait cru jadis assister à l'aurore d'un jour nouveau, qu'il rêvait éclatant de lumière et de couleur; à présent l'avenir lui apparaissait gris, morne, et il lui semblait que la société future allait renier la grandeur, la beauté, la poésie, tout ce qu'il aimait, tout ce qui, à ses yeux, donnait du prix à l'existence. Il n'était plus le révolutionnaire de jadis, joyeux et provocant, heureux de marcher au combat et de jeter au vent sa fanfare belliqueuse. Il assistait maintenant aux luttes des partis sans espoirs et sans illusions, trop sage pour se révolter contre l'inévitable, pour essayer de remonter le courant démocratique qui entraînait ses contemporains et qu'il jugeait irrésistible, trop désabusé aussi pour se réjouir dune évolution au terme de laquelle l'humanité lui apparaissait amoindrie, déchue. Si malgré tout il se résignait à l'avenir qu'il prévoyait et faisait cause commune avec les socialistes, c'était, expliquait-il, pour deux raisons principales. Par amour de la logique d'abord, parce que, ne pouvant réfuter cette prémisse « que les hommes ont tous le droit de manger », il se sentait obligé d'en accepter toutes les conséquences et de consentir à la destruction de la vieille société fondée sur l'exploitation inhumaine du pauvre. Par haine du faux patriotisme ensuite et parce qu'il voyait dans les communistes des alliés puissants contre ses mortels ennemis, contre ces soidisant représentants du germanisme, contre les survivants des tcutomanes de 1813 dont l'amour pour la patrie n'a jamais consisté qu'en une aversion stupide contre l'étranger et les peuples voisins. — Et cependant c'est avec angoisse et effroi qu'il songeait à l'époque où les égalitaires farouches arriveraient au pouvoir : « De leurs mains calleuses ils briseront sans merci toutes les statues de marbre de la beauté, si chères à mon cœur, ils fracasseront toutes ces babioles et fanfreluches fantastiques de l'art, qu'aimait tant le poète; ils détruiront mes bois de lauriers et y planteront des pommes de terre;... les.