Lettres, XX
passion pour les tresses blondes de la fille du président de la Cour d'appel de A** et se trouve mal parce qu'il aperçoit sa belle dans l'assistance un jour qu'il déclamait le Plongeur de Schiller à une fête scolaire ; mais il est aussi le réaliste qui commence vers dix-sept ans, à Francfort, ses expériences amoureuses pour ne les interrompre que contraint et forcé par la maladie qui l'a terrassé. 11 ne s'absorbe pas exclusivement dans sa grande passion pour Amélie ou Thérèse Heine. Il confie sans détour à son ami Moscr : « Je ne suis plus monothéiste en amour; mais de même que je penche vers la bière double, je penche aussi vers un double amour. J'aime la Vénus de Médicis qui est ici, à la Bibhothèque, et la belle cuisinière du conseiller aulique Bauer, Hélas ! et toutes deux sans espoir^ ». A l'en croire, le meilleur remède contre le mal d'amour est « le principe de l'homéopathie d'après lequel la femme nous guérit de la femme )>"-. 11 le met largement en pratique. « Mon cœur, écrit-il dans les Reisebilder, ne cessera pas d'aimer tant qu'il y aura des femmes; s'il se refroidit pour celle-ci, il s'enflammera pour celle-là, et comme, en France le roi ne meurt jamais, ainsi jamais ne meurt la reine en mon cœur, et j'\' entends crier : La reine est morte ! vive la reine^! » Toute sa vie durant, Heine reste, en effet, un mondain, un homme de plaisir qui s'éparpille partout où il passe, à Hambourg ou Liineburg, à Xordene}^ Cuxhaven ou Helgoland, à Londres ou en Italie, à Paris surtout, en mille flirts poussés plus ou moins loin, en innombrables passionnettes ou aventures galantes de quelques semaines, de quelques jours ou de quelques heures avec des femmes appartenant aux conditions les plus diverses, princesses ou dames du monde, actrices, aventurières, bourgeoises de petite ville allemande, montagnardes du Harz, filles de forestiers, pêcheuses de Xordeney ou Helgoland, bouquetières des boulevards parisiens, voire même simples femmes galantes de