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Plus il va et plus il prend en haine « les moines de l'impiété, les Torquemada de l'athéisme qui feraient brûler M. Arouet de Voltaire parce qu'au fond du cœur le seigneur de Ferney n'était qu'un déiste endurci ». Tant que l'athéisme était resté un luxe d'esprit fort et comme le privilège secret d'une petite coterie d'aristocrates, Heine avait pu garder une certaine complaisance pour des idées que tout au fond de luimême il n'approuvait pas. « Mais, continue-t-il, quand je m'aperçus que le populaire se prenait également à discuter les mêmes thèmes dans des symposions crapuleux où la chandelle ou le quinquet remplaçait les bougies ou les girandoles ; quand je vis l'existence de Dieu niée par de sales savetiers et des garçons tailleurs décousus, quand l'athéisme commença à sentir le suif, l'eau-de-vie de schnaps et le tabac, — alors mes yeux se dessillèrent; je compris par les nausées de dégoût ce que je n'avais pu comprendre par la raison, je fis mes adieux à l'athéisme \ » L'aversion de Heine pour l'irréligion grandit et se fortifie à mesure qu'il comprend que le mouvement qui emporte les esprits vers l'athéisme est identique, en réalité, au mouvement qui entraîne les peuples de l'Europe vers le communisme égalitaire.

Et il ne s'en tient pas là. De même qu'en politique il cesse de croire à la possibilité de réaliser son socialisme idéal, il se détache, au point de vue religieux, de sa foi panthéistique de jadis. 11 lui apparaît maintenant que le panthéisme en qui il voyait jadis « la religion occulte de l'Allemagne » n'est qu'une forme à peine déguisée de l'athéisme. Le dieu immanent qui se confond avec la nature, qui n'intervient pas dans les destinées de l'univers, qui n'a pas de pitié pour la plainte de l'humanité souffrante, n'est au fond pas du tout un Dieu. Et le Dieu-humanité ne vaut pas mieux que le Dieu-nature. Heine s'était plu jadis à admettre, sur la foi de Hegel, que l'homme est un Dieu. 11 avait célébré Hegel comme « le plus grand philosophe que l'Allemagne eût enfanté depuis Leib-

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