VI, 41 s
nitz » ; il avait tenu son système pour la conciliation rêvée du spiritualisme el du sensualisme. Or dès 1843 il reconnaît en lui le plus terrible de tous les adversaires de la vieille foi religieuse, le plus redoutable prophète du communisme'. Et en 1853, dans les .4^^^/^: du poète, il montre avec plus d'insistance encore Hegel « assis avec sa triste mine de poule couveuse sur les œufs funestes » et préparant dans un langage à dessein entortillé, morose et confus la vaste synthèse philosophique, où socialistes et athées allaient bientôt puiser leurs plus redoutables arguments'. — Non, l'homme n'est pas un dieu. La maladie a appris à Heine à se mieux connaître : en faisant de sa vie corporelle un long martyre, elle Ta spiritualisé. Mortifié dans sa chair, le poète a abdiqué ses chimériques prétentions. Il renie maintenant hautement ses jugements d'autrefois sur la question religieuse. 11 ne croit plus que le déisme, détruit en théorie par la logique, soit à la veille d'expirer. Il n'admet plus que la critique de la raison de Kant, qui a anéanti les preuves de l'existence de Dieu telles que nous les connaissions depuis Anselme de Ganter bury, ait anéanti en même temps l'idée même de Dieu. II déclare que le déisme est plus vivant que jamais, et que dans les toiles d'araignée de la dialectique allemande, une mouche même ne trouverait pas la mort, à plus forte raison un Dieu. Il se sépare donc résolument de Hegel et de Feuerbach et de tous ces penseurs orgueilleux qui combattent la divinité et divinisent l'humanité : — « Les frais de représentation d'un dieu qui ne saurait être chiche et qui ne ménage ni sa bourse ni son corps sont énormes ; pour faire ce métier supeibe, il faut avant tout être doté de beaucoup d'argent et de beaucoup de santé. Or, un beau matin, — c'était vers la fin du mois de février 1848, — ces deux choses me firent défaut et ma divinité en fut tellement ébranlée qu'elle s'écroula misérablement... Comme beaucoup d'autres dieux déconfits par la révolution, je dus abdiquer, et je redescendis à l'état de simple