VI
LlCHTENBERGËR. — HeillO. li
210 H EN ni HEINE PENSEUR
mortel. C'était en effet ce que j'avais de mieux à faire. Je rentrai dans le bercail de la foi. et je reconnus volontiers la toute-puissance de l'Etre suprême qui régie seul les destinées du monde, et à qui, depuis, j'ai confié aussi l'administration de mes propres affaires ^ »
L'on peut effectivement constater à ce moment, chez Heine, une véritable renaissance du sentiment religieux. Il se reprend à lire la Bible, et il y trouve tout à la fois une source d'intime réconfort et une merveille digne de la plus haute admiration. « Chose curieuse, observe-t-il, après avoir passé tant de folles années de ma vie à courir tous les bastringues de la philosophie, après m'ctre livré à toutes les cabrioles de l'esprit et avoir dansé et papillonné avec tous les S3'stèmes possibles, sans y trouver ma satisfaction... après toutes ces orgies de la raison, je me trouve tout à coup comme par enchantement, placé côte à côte avec l'oncle Tom, le nègre dévot, et, animé d'une égale ferveur religieuse, je m'agenouille avec ce bon homme noir devant la Bible". » Il se sent pris d'un enthousiasme nouveau pour les grandes figures de l'Ancien Testament, en particulier celle de Moïse, pour le peuple d'Israël, pour ces Juifs qui à toutes les époques de leur histoire et malgré dix-huit siècles de persécutions et de misère ont toujours su rester « des hommes puissants et indomptables » alors que les Grecs n'étaient que de « beaux adolescents ». 11 sait gré au peuple juif de sa foi spiritua— liste, de ses mœurs austères et parfois ascétiques, de ses habitudes de vie sérieuse, contemplative et presque abstraite par lesquelles il contraste si étrangement avec les peuples voisins ; il lui découvre toutes sortes d'affinités avec le caractère de la race germanique et le génie des Celtes ; il lient la Judée pour « un fragment de l'Occident perdu au milieu de l'Orient » ; il constate que « jamais, non jamais il n'y eut de socialiste plus audacieux que notre Maître et Seigneur, Jésus-Christ », et que Moïse déjà apparaissait comme un