‹ Henri Heine, penseurChapitre 137 sur 188 · VI · texte numérisé non relu

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2. XXII, 174 s. ; I, 435. — Notpns pourtant que Heine n'est pas sans se demander parfois si sa conversion n'avait pas quelque rapport avec « la morphine ou les cataplasmes ». Dans tous les cas il perçoit avec la plus grande netteté Tinfluence que peut exercer l'état de santé ou de maladie sur les idées religieuses. C'est ainsi qu'il déclare à Stahr en octobre 1850 : « Ich bin fiir meinen Teil zur Ueberzeugung gekommen. dass schon Gesunde und Kranke ganz verschiedener Religionen bedûrfen. Fiir den Gesunden ist das Ghristentum unbrauchbar mit seinen Resignationen und Einseitigkeiten. Fiir den Kranken aber, versichere ich Sie, ist er eine ganz gute Religion : » Et il ajoutait une autrefois : «Es ist mehr Verwandschaft zwischen Opium und Religion, als sich die meisfen Menschen trâumen lassen » (cité par Strodtmann, Heine, II 377). On remarquera l'analogie de ces idées avec les théories bien connues de Nietzsche. Et l'on observera aussi l'attitude toute opposée de Heine et du prophète du Surhomme devant la maladie. L'un s'abandonne, ironique et las, à sa destinée et se laisse doucement envahir par le sentiment religieux, puisqu'aussi bien il est dans l'ordre qu'un malade soit religieux. L'autre se raidit, héroïque, contre la maladie et la souffrance, et, dans sa volonté de guérir, s'interdit tout pessimisme, tous les soporifiques religieux ou métaphysiques dont usent les décadents pour endormir leurs souffrances.

3. I. 486. — Peu de temps avant d'écrire la Postface du Romancero où se trouve cette citation, Heine avait eu avec le fds de Fichte un entretien sur l'immortalité qui paraît l'avoir très peu convaincu de la possibilité d'une existence personnelle après la mort. Cf. G. Karpeles, Heine. Ans seinem Leben und ans seiner Zeit, p. 256 s.

de plomb' ». EtTAme, pour toute consolation, de répondre à son compagnon : « Peut-être s'amuse-t-on au ciel mieux que tu ne le penses. » Heine se plaît à maintes reprises à nous parler du Ciel sur un ton d'ironie amusée, à nous le peindre comme un local paisible, confortable et un peu ennuyeux où le pèlerin lassé trouve « du repos, et de molles pantoufles et de la belle musique" », où les âmes des bienheureux flânent par les rues pavées de pierres précieuses, sourient d'extase aux mélodies des simples anges, comparent les archanges à la Malibran, les chérubins à Rubini, encensent pieusement le maître de chapelle céleste (qui aime lui aussi qu'on loue ses œuvres), ou jouent aux cartes avec saint Pierre ^. Une telle félicité n'a rien qui enthousiasme notre poète. Les « prairies du ciel » ne l'attirent pas, il ne demande à Dieu que « de le laisser vivre de longs jours encore auprès de sa femme, dans le statu quo »' . 11 dirait volontiers, en parodiant Homère, que « le plus petit phiUstin vivant, à Stukkert sur le Neckar, est beaucoup plus heureux que le fils de Pelé, le héros mort, le prince des Ombres dans les Enfers »^ — Au fond l'autre vie parait bien problématique à notre converti : « Quand on est mort, c'est pour longtemps qu'on est couché au cercueil ; j'en ai peur, oui j'en ai peur, la résurrection ne se fera pas si vite que cela ^! ». Une existence de félicité, de bonheur, de justice par delà le tombeau ! Quelle hypothèse improbable pour Lazare le Pauvre qui n'a connu dans cette vie que misère et désespoir ! . . .

Ainsi Heine ne puise dans sa religion aucun réconfort, aucun motif d'espérer. Elle ne lui fournit par le « pourquoi » de sa souffrance, elle ne l'éclairé pas sur le sens de la vie. C'est en réalité, comme nous l'avons déjà dit, le pes-

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