m, TOI ss., 711 ss.; IV, 419 ss. ; V, 378 ss., 764 ss
efforts persistants de celte royauté prussienne qu'il cî'oyait une puissance faible et caduque, l'unité de l'empire allemand allait être fondée.
Si les idées de Heine ont été néfastes, si son œuvre a été vaine, sa personnalité même est peu respectable. On insiste sur ses faiblesses, sur ses erreurs, sur les tares qui le diminuent. On nous le dépeint comme un comédien adroit et peu sincère qui excelle dans l'art de se mettre en scène et de jouer indéfiniment d'un petit nombre de sentiments qu'il a sans doute réellement éprouvés, mais dont il exagère démesurément l'importance. On flétrit son égoïsme en amitié, en amour, en politique, en religion; on le représente, à la suite de Gœthe, comme un cœur sec, incapable d'amour. On s'indigne de sa sensualité effrénée, de l'effronterie cynique avec laquelle il étale ses vices; on l'accuse d'avoir été, entre tous les écrivains allemands, celui qui a le plus criminellement attenté à la dignité morale de la femme. On dénonce ses besoins de confort et de luxe si déplacés chez un tribun populaire, et qu'il s'efforce de satisfaire à tout prix, sans reculer devant les moyens les plus bas et les plus repréhensibles. On blâme son scepticisme dissolvant, son Ironie corrosive, l'âpreté des sarcasmes, des injures ou des calomnies qu'il déverse sur ses ennemis.
Et l'on n'hésite pas, dès lors, à le bannir du Panthéon des gloires nationales. Même ceux qui s'inclinent devant son génie de poète et ne font point de difficulté pour reconnaître en lui une des figures les plus intéressantes de la littérature allemande, voire de la littérature universelle, condamnent souvent plus ou moins sévèrement l'homme. Les plus indulgents voudraient que les poésies de Heine eussent la vertu de faire oublier leur auteur au lieu de porter à travers les siècles la peine de ses fautes et de ses erreurs. D'autres, en grand nombre, se montrent plus rigoureux et dénoncent hautement l'influence pernicieuse qu'il exerce sur l'esprit public. « Bien que né en Allemagne, dit l'un d'eux, bien que redevable à l'éducation allemande de sa culture intellectuelle et
de ses richesses spirituelles les plus précieuses, bien que doué de la plus fine compréhension pour la poésie allemande, Heine demeure dans son être intime, dans sa sensibilité, dans sa nature d'artiste, anti-allemand des pieds à la tête : — anti-allemand par son manque de pudeur et de piétié , de véracité et de fidéhté , de respect devant la femme, — antiallemand par sa lubricité et sa frivolité, voire même par son talent pour Tironie et la malice, — anti-allemand par son aversion pour les héros d'Allemagne et leurs exploits comme aussi par son enthousiasme pour la France et pour Napoléon* ». On voit en Heine « non point une étoile capable de guider la nation mais un décevant feu-follet ». Ce sémite inassimilable, « ce prototype du judaïsme modern'j décadent » est un péril pubhc. Une opération s'impose; car « le danger d'un empoisonnement de l'organisme national s'aggrave de la façon la plus menaçante " »,
Que faut-il penser de cette « légende » qui, sous ses diverses variantes, tend en somme à rejeter Heine de l'histoire de la culture allemande, à le présenter comme une sorte de génie malfaisant indigne de tout hommage et dont il importe, au nom de la salubrité pubhque, d'anéantir l'influence délétère ?
Nous ne nions point qu'elle ne puisse contenir une part de vérité. Et, d'abord, il est incontestable que Heine tient à sa race par de sohdes attaches. Nous avons noté sa sympathie profondepourles traditions rehgieuses du judaïsme, sa vénération pour Y Ancien Testament^ la conception juive d'un dieu vengeur à laquelle il aboutit dans ses dernières années. Nous avons vu son amour sincère pour ses coreligionnaires mallieureux et son dévouement à la cause de l'émancipation des juifs. On a pu reconnaître des traits de race juifs dans sa sensualité qu'on a rapprochée de celle qui éclate dans le Cantique des Cantiques ; dans son esprit de famille, surtout dans sa piété fdiale qu'on s'accorde généralement à reconnaître
1. Nietzki. //. Heine als Dichter und Mensch, Berlin, 1895. p. 132,
2. Xantliippus. Was diinkel euch um Heine, Leipzig, 1888, p. 2, 100.