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pour un des traits les plus sympathiques de sa nature; dans ce rationalisme abstrait qui est l'un des éléments essentiels de sa philosophie et qui apparaît si fréquemment chez les juifs supérieurs; dans son ironie enfin, dans cette amère ironie juive, « acre fleur d'amertume éclose sur les eaux saumâtres des rancunes séculaires » , douloureuse revanche d'une race longtemps courbée sous Topprobe et persécutée par des haines implacables \ Heine est donc bien un juif. Il serait surprenant qu'il ne l'eût pas été. — Mais est-ce là une raison suffisante pour lui dénier le titre d'Allemand? On n'attendra pas de nous, évidemment, que nous entrions ici dans la discussion des partis pris antisémitiques. Nous nous bornerons simplement à remarquer, d'abord, que Heine appartenait sans contestation possible à la catégorie des juifs exjmnsifs et souhaitait évidemment en toute sincérité non pas tant le maintien de l'intégrité de la race juive que sa fusion de plus en plus complète dans la masse de la nation. Et nous constaterons ensuite que ce juif s'est, de l'aveu de presque tous, suffisamment assimilé le génie germanique pour avoir compris, plus profondément que la plupart de ses contemporains, même les créations instinctives de l'âme populaire, les légendes, les vieilles traditions, la poésie populaire de l'Allemagne -. Heine fut donc , dans tous les cas, un sémite très fortement germanisé.
Est-on, maintenant, en droit de lui reprocher d'être demeuré étranger à toute espèce de sentiment national ? — Je n'aurai garde, bien entendu, de vouloir décider si Heine fut ou non bon patriote ; car il est trop évident qu'un Français ne saurait avoir la prétention de s'instituer juge en
1. On trouvera une analyse intéressante des traits de race juifs chez Heine dans Tarticle de M. A. Leroy-Beaulieu, Le génie juif et l'esprit juif, Revue des Deux Mondes, 15 décembre 189:2.
2. Si l'on en croit le témoignage du D' Rottenburg, le prince de Bismarck aurait, au moment des polémiques au sujet du monument Heine, pris parti pour le poète et reconnu en ces termes qu'il était véritablement une gloire allemande : « Und verrjessen die Herren denn ganz. dass Heine ein Liederdichter ist. neben dem nur noch Gœfhe genannt icevden darf, und dass dus Lied gerade eine spezifsch deulsche Diclilungsform ist? »
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inatière de patriotisme allemand. Mais peut-être nous sera-t-il permis d'essayer d'analyser la nature exacte des sentiments que Heine a éprouvés soit pour l'Allemagne, soit pour la France. — Or nous noterons, en premier lieu, que Heine n'a pas été matériellement infidèle à sa patrie. Treitschke a bien essayé de démontrer que Heine aurait, vers 1843, acquis la nationalité française. 11 ressort toutefois des recherches toutes récentes d'Elster que le poète a bien, à ce moment, sollicité son admission à domicile en France (ce qui était une condition préalable nécessaire pour Fobtention de la naturalisation), mais que sa demande avait été repoussée parce qu'il lui était impossible soit de produire son acte de naissance qui avait été brûlé, soit de se procurer un extrait de naissance valable ^ Nous ne pouvons donc assurer que Heine n'ait pas songé à se faire naturaliser à un moment où sa qualité d'étranger l'exposait à se voir du jour au lendemain expulser de Paris à la première réclamation des autorités prussiennes. Il n'est pas impossible qu'il soit resté Allemand malgré lui ; et peut-être se vantait-il lorsqu'il déclarait en 1834 que seul « son absurde orgueil de poète allemand l'avait retenu de devenir Français, ne fût-ce que pour la forme ». Il n'en est pas moins certain qu'il énonçait la stricte vérité lorsqu'il affirmait qu'il n'avait sacrifié ni une soie de son teutonismc, ni un grelot de son bonnet de fou allemand et qu'il était toujours en droit de dire à Massmann : « Nous autres ânes allemands- ! » — Est-il exact, d'autre part, de dire que chez Heine les sympathies pour la France aient fait tort à l'amour de la patrie allemande? — C'est bien douteux. Certes Heine se plaît à couvrir sans cesse d'éloges parfois hyperboliques la France et les Français. INIais il y aurait quelque naïveté de notre part à voir dans ces effusions une preuve irrécusable de la chaleur de ses sentiments et de la ferveur de son admiration pour notre pays. Ne nous faisons pas d'il-
1. E. Elster. War Heine franzôsischer Burger? Deutsche Rundschau, août 1902, p. 222 ss.