Heine, poêle, p. 173 ss et 283 ss
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ressentir souvent la nostalgie de la patrie lointaine et que ses plaintes ne sont pas seulement une pose littéraire, mais l'expression d'un sentiment sincère et vécu. — Puis, malgré toutes les railleries qu'il décoche aux Allemands, il a foi dans leur avenir. Ce n'est pas qu'il pressente le développement prodigieux qu'allait prendre \n puissance allemande dans la seconde moitié du xix"' siècle. Sur ce point les adversaires de Heine ont incontestablement raison lorsqu'ils l'accusent d'avoir été mauvais propiiète. L'idéal impérialiste lui a toujours été profondément étranger. Heine ne s'est jamais beaucoup passionné pour l'expansion militaire et économique de l'Allemagne, et il n'admettait guère, d'ailleurs, la possibilité de progrès rapides dans le domaine matériel. L'Allemagne lui semblait, pour longtemps encore, vouée à l'impuissance. Il n'aimait pas la Prusse et il ne cro^^ait pas à son hégémonie future. Il la savait ambitieuse et sans scrupules, mais il pensait que ses forces et son audace ne seraient jamais à la hauteur de ses prétentions et que l'opposition des autres peuples l'empêcherait toujours de réaliser son rêve de suprématie \ Il n'a donc prévu ni Sadowa ni Sedan et n'a contribué en rien à l'œuvre de l'unité allemande pour laquelle il n'éprouvait d'ailleurs pas un bien grand enthousiasme. A cet égard Heine se trouvait en antagonisme très net et tout à fait conscient avec les « patriotes » de son temps, et les champions actuels de l'impérialisme allemand sont parfaitement en droit de le renier et de le combattre. Il n'en avait pas moins, lui aussi, sa conception de la mission de l'Allemagne et du patriotisme allemand, une conception utopique peut-être, mais à coup sûr élevée et généreuse.
« Soyez tranquilles », disait Heine dans la préface du Conte d'hiver en s'adressant à ses ennemis les teutomanes ; (( sovez tranquilles, j'aime la patrie tout autant que vous. C'est à cause de cet amour que j'ai vécu tant de longues années dans l'exil ; c'est à cause de cet amour que j'y passerai