I, HT
sans pitié l'agonie du poète, qui lui donne le coup de grâce avec un marteau d'or, qui regarde, curieuse, palpiter convulsivement ses membres, qui épie les derniers battements de son cœur, et reste là, moqueuse, avec un froid sourire figé sur les lèvres '. Elle est la sphynge que le poète a rencontrée dans l'antique forêt aux enchantements — la splwnge attirante et terrible, au baiser délicieux et mortel :
« ... Elle but toute la flamme de mon baiser avec une soif dévorante.
« Elle aspira presque le dernier souffle de ma vie, et enfin, haletante de volupté, elle étreignit et déchira mon pauvre corps avec ses griffes de lion.
<( Délicieux martyre, jouissance douloureuse, souffrance et plaisir infinis l^Tandis que le baiser de cette bouche ravissante m'enivrait, les ongles des griffes me faisaient de cruelles plaies.
« Le rossignol chanta : « 0 toi, belle sphynge, ô amour ! pourquoi mèles-tu de si mortelles douleurs à toutes tes félicités?
« 0 belle sphynge, ô amour ! révèle-moi cette énigme merveilleuse. Moi j'y ai réfléchi depuis mille et mille ans 2. »
Les expériences amoureuses du jeune Heine ont donc comme (( empoisonné » son cœur. Toute impression heureuse se nuance aussitôt chez lui de douleur. L'amour apparaît dans sa poésie comme uni de la parenté la plus étroite à la mort. Ainsi dans le célèbre lied de YAsra, où l'esclave amoureux de la belle sultane pâlit chaque jour davantage et répond à sa maîtresse qui l'interroge : « Mon nom est Mahomet, je suis de l'Yémen, et ma race sont ces Asra qui meurent quand ils aiment \ » Ainsi encore dans laballade du r/e^^j^iïoi, où les élus deTamour, la jeune reine et le page blond qui porte sa traîne de soie, sont comme marqués du sceau de la mort : « Connais-tu la vieille chanson, demande le poète, la chanson si douce, la chanson si triste ? Ils durent mourir tous deux, ils s'aimaient beaucoup trop '*. ))
Et de même qu'il s'établit dans l'esprit de Heine un lien