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Lichtenher'ger. — Heine. 3
en quelque sorte nécessaire entre les deux idées opposées' d'amour et de mort, les impressions les plus disparates tendent chez lui à s'associer, à se superposer. Le rire est chez lui tout proche des larmes, Tenthousiasme de la raillerie cruelle^ Fadoration du mépris.
« De même que les inclinaisons de Heine étaient variables, dit un de ceux qui ont analysé avec le plus d"ingéniosité la psychologie de notre poète, de même et plus fortement encore, ses émotions propres étaient instables, changeantes au point de se transformer en sentiments contraires, si facilement que lame du poète finissait par alterner et comme par vibrer entre deux états opposés. Du charme au désespoir, de la mélancolie à la dérision, du gai au grave, de l'admiration au mépris, il existait dans l'esprit de Heine de rapides transitions, des passes soudaines qui mêlaient et heurtaient le sombre au gai, comme succède l'obscur au clair dans un ciel fouetté de nuages. C'était là chez le poète une condition organique, comme une faiblesse et une délicatesse trop grandes du cerveau pour qu'il persistât dans un état violent, comme une légèreté vibrante de l'équilibre intérieur qu'affolaient les secousses vives ^ »
Et dans l'âme désenchantée du jeune poète s'épanouit ainsi un nihilisme désespéré et àprement ironique. Rien ici-bas ne ^•aut l'amour — et l'amour n'est que duperie ; c'est un mirage et un mirage qui ne peut même pas donner un seul instant d'illusion complète lorsqu'il surgit dans nos âmes. La vie entière, dès lors, ne serait-elle pas, en fin de compte, une inutile souffrance et ne se solderait-elle pas par une immense faillite. C'est en vain que la philosophie s'efforce, de siècle en siècle, de montrer l'unité et l'harmonie de l'univers. Heine raille ses efforts inutiles et risibles : « Le monde et la vie ne sont que des fragments décousus ; je veux aller trouver un professeur allemand qui coordonnera tout cela et en fera un svstème raisonnable. Avec sa robe de chambre et son bonnet de nuit, il bouchera les fentes de l'édifice du monde '. » La nature reste inexorablement muette : bien fou le rêveur qui sur la grève solitaire demande aux flots qui murmurent, au