CHAPITRE II
Heine, cependant, ne s'en tient pas au pessimisme désenchanté des Jeunes Souffrances et de Vlntennezzo. Il n'est pas seulement un décadent que guette la névrose, un sensilif à la merci de ses nerfs, mal équilibré, en guerre avec luimême, incapable de s'adapter au milieu qui l'environne, un rêveur impuissant à surmonter une déception amoureuse qui se complaît en des songeries funèbres et s'abîme finalement dans le gouffre sombre de la désespérance. Il est aussi autre chose et mieux que cela.
Rien ne serait, en effet, plus erroné que de nous représenter Heine comme un vaincu de la vie, comme un dégénéré chez qui la volonté de puissance a subi une atteinte irréparable. S'il y a chez lui, comme il est vraisemblable, un élément pathologique, ce germe morbide s'attaque à une nature d'une extraordinaire richesse, d'une merveilleuse vitalité. Dans la lettre citée plus haut, oiî il se compare à une plante vénéneuse, Pleine ajoute : « N'oubliez pas que ces plantes vénéneuses croissent le plus souvent dans les lieux où un sol généreux produit la végétation la plus superbement luxuriante, et que les landes arides où il n'}' a point de plantes vénéneuses ne sont — que des landes \ « La nature de Heine n'est rien moins