VII, 2o
et un impulsif : il entend concilier les droits de la raison avec ceux de la sensibilité et de Fimagination. Dégagé de toute croyance positive, il n'en reste pas moins épris plutôt d'idéal quJ de froide vérité, plutôt de beauté que de vulgaire réalité. Voyons, dans ces conditions, quelle a été son attitude visà-vis des deux religions auxquelles il se rattachait à des titres divers, le judaïsme auquel il appartenait par sa naissance, le christianisme qu'il avait embrassé par le fait de sa conversion en 1825. •
Très jeune, Heine s'était émancipé des croyances religieuses de sa race. Bien qu'il eût été élevé par sa mère dans le respect des coutumes juives, la vie religieuse ne semble jamais avoir eu chez lui des racines bien profondes. Ses parents, de tendances assez libérales, ne se l^ornaient pas, comme la i)lupart des juifs de cette époque, à fréquenter leurs coreligionnaires, mais entretenaient des relations suivies avec diverses familles chrétiennes et n'hésitèrent pas, lorsque leur fils eut quitté l'école primaire, k le faire entrer au lycée de Dusseldorf où l'enseignement était donné par des prêtres catholiques. Les comparaisons que l'enfant put instituer de bonne heure entre la religion dans laquelle il était né et celle que lui enseignaient ses maîtres, durent nécessairement développer chez \m un précoce scepticisme. Et ces dispositions furent encore aggravées par une initiation prématurée à l'étude des problèmes philosophiques. Dès l'âge de treize ans il fut admis par faveur à suivre les cours que le recteur Schallmeyer, un ami de sa famille, faisait aux élèves de la première classe, et dans lesquels « il exposait franchement les systèmes grecs même les plus hasardés, dont le scepticisme était le plus effroyablement opposé aux dogmes orthodoxes de la rehgion cathoUque^)). Ces leçons, professées par un ecclésiastique en tout point respectable et qui ne négligeait pas le moins du