‹ Henri Heine, penseurChapitre 28 sur 188 · Lettres, XIX, 73 s · texte numérisé non relu

Lettres, XIX, 73 s

tragédie à' Almansor. Il se plonge pendant plusieurs années dans les anciens chroniqueurs, notamment dans Y Historia jLidaica, non pas seulement avec l'intention d'y recueillir des documents pour son Rabhia de Bacharach, mais aussi « à cause d'un besoin intime » ; et il trouve en feuilletant ces tragiques annales « un trésor d'enseignements et de douleurs^ M. De même qu'un Nietzsche ne refuse pas son admiration à l'édifice grandiose de l'Eglise catholique, mais s'exaspère contre le protestantisme libéral où il voit « une « hémiplégie du christianisme et de la raison », ainsi Heine met sans hésiter « le rabbinisme conséquent et rigoureux » au-dessus d'un rationalisme bâtard qui n'est plus de la religion et qui n'est pas encore de la philosophie -. Aussi bien n'eut-il pas tort, en fait, de se montrer sceptique à l'endroit de la tentative réformiste de ses amis berlinois : la Revue expira en effet après son troisième numéro ; quanta la Société pour la culture et la science juives, elle dut se dissoudre en 182o à la suite de la conversion au protestantisme de plusieurs de ses membres les plus notables, de son président Gans en particulier-, qui donna le premier l'exemple de la désertion.

Et de même que Heine se détache de la religion de ses pères, il n'estime pas que la communauté d'origine lui crée une obligation quelconque de ménager particulièrement ses frères en Israël ou de leur épargner, par exemple, les traits de sa mordante ironie. On a souvent observé que les choses les plus dures qui aient été écrites sur les juifs sortaient de la plume d'écrivains juifs, et remarqué le ton d'impitoyable et méprisante ironie sur lequel ceux-ci raillent parfois leurs coreligionnaires. Heine se dislingue entre tous par l'irrévérence de ses jugements et l'impertinence de ses facéties. Un jour il compare le prédicateur Friediander à un opérateur de cors aux pieds; ailleurs il persifle sans pitié le mauvais style de la Revue de la culture et de la science juives, ou parodie le mélange déplaisant de religiosité et

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