Lettres, XIX
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bO HF.NRI HEINE PENSEUR
d'instinct de négoce, de philosopiiie et de brocanlage qui caractérise à ses yeux le néo-judaïsme rationaliste; une autre fois il écrit de Liineburg à son ami Moser que « les Juifs sont ici comme partout d'insupportables et sales brocanteurs^ »; ou bien il proclame Hambourg un repaire nauséabond « de juifs baptisés et non baptisés- «, déclare que les philistins du Steinweg sont « une sale engeance » qu'il faut éviter de voir de près si l'on veut s'intéresser à eux % accable des épithètes les plus malsonnantes les obscurs ennemis qui répandent sur lui de venimeux racontars et le desservent auprès de son oncle Salomon, ou esquisse dans les Reisebilder une caricature aussi réussie que désobligeante du gros et du petit tripoteur d'affaires hambourgeois qu'il incarne sous les traits peu flattés du marquis Gumpelino et de son fidèle serviteur Hirsch H3^acinthe.
Est-ce à dire pour cela que Heine ait été un renégat du judaïsme? Nullement. Il raille sans merci ses coreligionnaires, mais il les aime malgré tout. Son cœur saigne de pitié et frémit de la plus sincère indignation lorsqu'il songe à « la grande douleur juive », au martyre séculaire de son peuple. Dans Almafisor, dans le Rabbin de Bacharacli il s'élève avec passion contre le fanatisme religieux qui persécute et proscrit la race juive. 11 s'associe de tout son cœur à ses amis de Berlin quand ils plaident la cause de Témancipation des juifs. Il affirme qu'il se fera volontiers le champion enthousiaste des juifs et de leurs revendications d'égalité sociale, et que « dans les temps mauvais qui vont certainement se préparer, la populace allemande entendra sa voix retentir jusque dans les tavernes et les palais allemands' ». Une autre fois il écrit à son ami Moser : « Tu me oarles peu de la Société. Penses-tu que la cause de nos frères me tienne moins à cœur que par le passé ? Tu te trompes dans ce cas énormément.