‹ Henri Heine, penseurChapitre 30 sur 188 · Lettres. XIX · texte numérisé non relu

Lettres. XIX

Bien que les maux de tète m'accablent, je n'ai pourtant pas cessé d'agir. « Que ma main droite se dessèche si je t'oublie, Jeruscholayim ! » ce sont à peu près les paroles du Psalmiste, et ce seront toujours les miennes ^ » — Visiblement il garde un fond de tendresse pour ses frères dans le malheur. Il sait mieux que personne leurs petitesses et leurs défauts et il les met à nu avec une impitoyable franchise; mais il ne répudie pas le lien de solidarité qui l'unit à eux. Il embrasse leur parti, non pas tant peut-être par instinct de race qu'en vertu d'une s^^mpathie tout humaine pour des vaincus et des victimes, en vertu de cette même sympathie qui le conduisait à prendre en main la cause du peuple contre les privilégiés de la naissance et de la fortune, ou à se ranger du côté des dieux de rOlympe déchus contre le Dieu victorieux des Chrétiens. Rien ne montre mieux, du reste, la solidité des attaches par lesquelles ce juif incrédule tenait à sa race que les dégoûts et les rancœurs que lui causèrent sa conversion officielle au christianisme. — Un juif de l'espèce expansive comme l'était Heine devait nécessairement souffrir avec une intensité toute spéciale de cette hostilité sourde, de cette malédiction universelle qui pesait en Allemagne sur ses coreligionnaires. Son ambition est d'obtenir une place dans un ministère ou dans la diplomatie; or, l'édit de 1812 lui ferme l'accès des fondions pubhques et l'ordonnance de 1822 l'exclut des situations académiques. Repoussé par le gouvernement, il entend gronder la haine du juif en bas, dans la populace excitée par ses irieneurs. « Quoique je sois un radical en Angleterre, et un carbonaro en Italie, écrit-il en 1823, je ne suis pas du nombre des démagogues en Allemagne ; il y a à cela une raison fortuite et de peu d'importance : c'est que si les démagogues triomphaient en Allemagne, il y aurait quelques milliers de têtes juives de coupées, et ce seraient précisément les meilleures qui tomberaient'. » Le sentiment de l'iso-

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