CHAPITRE PREiMIER LE PESSIMISME DE HEINE
Les débuts de Heine dans la vie sont difficiles, douloureux môme. Une série de circonstances défavorables concourent à altérer son caractère, à entraver l'organisation matérielle de son existence, à assombrir ses années de jeunesse, à l'empôcher de s'adapter au milieu où le hasard l'a fait naître.
Sa naissance, d'abord, l'isole de la masse de ses concitoyens.
« Je suis né, raconte Heine dans ses Mémoires^ à la fin du sceptique xviii^ siècle et cela dans une ville où, à l'époque de ma jeunesse, ne régnaient pas seulement les Français, mais aussi l'esprit français. )) A deux reprises, en effet, de 1795 à 1801 et de 1805 à 1813 Dusseldorf est soumis à la domination française. Et cette domination laissa dans le cœur des populations des S3mpathies profondes pour la France révolutionnaire et impériale. Aussi bien fut-elle, à maints égards, un véritable bienfait pour les habitants de la vallée du Rhin. En procédant à une liquidation énergique du passé féodal, en supprimant le servage, en créant une classe de paysans-propriétaires, en détruisant les privilèges de caste et en instituant l'égalité civile, en relevant l'industrie et le commerce, en émancipant les Juifs qui sont traités désormais sur pied d'égalité avec les chrétiens, la France se conquiert