‹ Henri Heine, penseurChapitre 4 sur 188 · VIT, 4G · texte numérisé non relu

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des titres durables à la reconnaissance de ses sujets rhénans. Puis, comment ceux-ci auraient-ils échappé à la contagion de cette fièvre d'enthousiasme qu'excite à ce moment partout le grand Empereur. On sait l'ineffaçable impression que laisse dans l'esprit du jeune Heine l'apparition de Xapoléon à Dusseldorf, en 1811 et 1812. Heine nous a conté dans son Tambour Le Grand le récit de cette journée mémorable où, tout vibrant d'une émotion presque religieuse, il avait pu le contempler « de ses propres yeux, Lui, hosannah! l'Empereur « ; où il avait vu Napoléon faire son entrée solennelle dans la ville et traverser l'allée du palais, cette allée où, par ordonnance de police, il était interdit sous peine de cinq thalers d'amende de passera cheval... Et l'Empereur avait passé sans qu'aucun agent de police eût tenté de l'arrêter, au son des tambours et des trompettes, au bruit des acclamations de la foule, monté sur un cheval blanc dont il caressait négligemment l'encolure, tout simple au milieu de son état-major chamarré d'or, dans sa redingote et sous son petit chapeau. Heine était resté ébloui de cette apparition, ébloui pour la vie entière. Cette vision du grand Empereur, vainqueur de l'Europe, chevauchant, impassible comme un demi-dieu, au milieu de ses soldats transportés d'enthousiasme, demeura inoubliable pour lui ; inoubliable aussi la grande épopée de la Révolution et de l'Empire, telle que son ami Le Grand la lui avait narrée sur son tambour : la marche rouge de la guillotine au son de laquelle furent fauchées les têtes des despotes et des aristocrates, les marches triomphales de Marengo, des Pyramides, d'Austerhtz, d'Eylau, de Wagram, enfin la marche funèbre de la Moskowa et des déserts glacés où succomba la Grande Armée. Heine, désormais, restera toute sa vie un croyant de la légende impériale : nous le verrons confondre dans un même amour, l'homme de génie qui avait dominé l'Europe par sa volonté de fer, la France qu'à ses yeux personnifiait Napoléon et la liberté qu'il défendait contre les monarques coahsés de la vieille Europe.

En 1813, après la bataille de Leipzig, l'aigle impériale est

remplacée à Dusseldorf par l'aigle noire de la Prusse. Dans le premier moment, les habitants de l'ancien duché de Berg, las de la domination française, des impôts énormes et de la conscription qui envoyait périr en Espagne ou en Russie une foule d'enfants du pays, firent bon accueil à leurs libérateurs et s'unirent volontiers à l'armée des coalisés pour achever la défaite de Napoléon *. Au printemps de I8I0, Heine, alors âgé de dix-sept ans environ, se présenta comme volontaire ainsi qu'un grand nombre de ses condisciples pour faire campagne contre TEmpereur, après le retour de l'île d'Elbe. 11 ne fut pas enrôlé et l'on peut croire qu'il s'en consola facilement. Le chauvinisme germanique ne tarda pas, en effet, à se calmer chez ses concitoyens. Dusseldorf ainsi que la plus grande partie de la vallée du Rhin faisaient retour à la grande patrie allemande et passaient, en vertu d'une décision du congrès de Vienne, sous la domination de la Prusse. Mais à peine la paix était-elle signée que se manifestait déjà ce trait bien connu de l'esprit particulariste allemand, qui consiste à dénigrer le voisin et à se défier de toute puissance forte et autoritaire. On institua des comparaisons entre le vaincu d'hier et les maîtres d'aujourd'hui ; et ces comparaisons ne furent pas toujours à l'avantage de la Prusse. Bientôt on se plaignit de l'administration prussienne presqu'àvec autant d'amertume qu'on s'était plaint du régime français. Entre la Prusse aristocratique et féodale et les provinces rhénanes où une longue domination française avait effacé jusqu'aux derniers vestiges du passé, il ne pouvait y avoir grande sympathie. La bourgeoisie florissante des grandes villes du Rhin, attachée aux institutions libérales qu'elle tenait de la France, fière de son code civil et de son jury, ressentait pour « le Prussien » un mélange de crainte et de mépris : de crainte, car elle était bien obligée, quoi qu'elle en eût, de se courber devant la raideur inflexible, mais intègre de l'administration, ou de se pher à la discipline sévère de l'armée; de mépris,

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