‹ Henri Heine, penseurChapitre 31 sur 188 · Lettres, XIX · texte numérisé non relu

Lettres, XIX

2. Lettre du 2 février 1823, v. von Embden, H. Heines Familienleben, Hamburg, 1892, p. 9.

lement où il vit au milieu d'une société qui le traite en ennemi le remplit parfois cVune profonde mélancolie : « Je vis ici tout à fait seul, écrit-il en 1823 de Liineburg à Moser... Les juifs sont ici comme partout d'insupportables et sales brocanteurs; les chrétiens de la classe moyenne, des o-ens peu récréatifs, avec un rare méchant vouloir pour les juifs; la classe supérieure de même à un degré plus rare encore. Notre petit chien dans la rue est flairé et maltraité d'une façon toute particulière par les chiens chrétiens qui ont évidemment horreur des chiens juifs. Ainsi je n'ai fait connaissance encore qu'avec les arbres, qui se montrent de nouveau dans leur parure verte, et me rappellent les jours d'autrefois, et murmurent à mon souvenir de vieux chants oubhés et me disposent à la tristesse ^ » Pour sortir de cet isolement et s'ouvrir l'accès des fonctions publiques qu'il convoitait, Heine ne disposait guère que d'un seul moyen : se convertir au christianisme. Il pouvait sembler, au premier abord, assez naturel qu'un incrédule comme lui achetât, au prix d'une cérémonie de pure forme, la libre entrée dans une société qui autrement lui demeurait inexorablement fermée. Pourtant il manifeste, tout d'abord, la plus vive répugnance pour cet expédient : « Gomme tu peux le penser, écrit-il en 1823, la question du baptême est posée pour moi. Personne dans ma famille n'y est opposé, sauf moi. Et ce moi est de nature fort tenace. Tu dois bien comprendre que, avec ma manière de penser, le baptême est pour moi un acte indifférent ; que, même au point de vue symbolique, j'y attache peu de valeur, et que, dans les circonstances et en la manière où il serait acccompli, il n'aurait même pour d'autres aucune importance. Pour moi, il aurait peut-être ce résultat que je me consacrerais davantage à la revendication des droits de mes malheureux compatriotes. Et pourtant je trouve audessous de ma dignité et flétrissant pour mon honneur de me faire baptiser afin d'obtenir un emploi en Prusse^. » Il

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