Lettres, XIX
2. L'influence catholique est sensible non seulement dans une poésie comme Die Weihe (II, 111) mais dans tout le premier recueil lyrique de Heine, et notamment aussi dans Almansor et RalcUff. On trouvera rénumération des passages qui attestent celle influence dans 0. zur Linde. 11. Heine, p. 199 ss., 214 ss.
véritable cri de haine contre les persécuteurs de sa race : « L'effondrement final du christianisme, écrit-il à Wohlwill, devient chaque jour plus évident pour moi. Voilà bien assez longtemps déjà que cette idée pourrie reste debout. Je nomme le christianisme une idée, mais quelle idée ! 11 y a des familles d'idées malpropres qui se sont nichées dans les fentes de ce vieux monde, du bois de lit abandonné de l'Esprit divin, comme des familles de punaises se nichent dans le bois de lit d'un juif polonais. Ecrase-t-on une de ces idées-punaises, elle laisse après elle une puanteur qui empeste des siècles durant. Ainsi en est-il du christianisme qui a été écrasé voici mille huit cents ans et qui depuis ce temps continue à nous empoisonner l'air à nous autres pauvres juifs'. » Dans Al)na?iso)\ où, sous prétexte de peindre l'antagonisme des Maures et des chrétiens dans TEspagne du xv" siècle, il a voulu décrire, en réalité, la situation des juifs dans l'Europe moderne, Heine s'élève avec passion contre le fanatisme religieux. .\on qu'il se fasse, contre le christianisme, l'apologiste intransigeant des musulmans. Ses héros ne sont pas les ^Maures fanatiques qui, comme Hassan ou AbduUah, demeurent invariablement fidèles à la coutume des ancêtres et poursuivent d'une haine farouche les renégats de l'Islam. 11 proclame expressément par la voix du chœur sa prédilection pour la civilisation hispano-mauresque telle qu'elle fleurit sous les Abdérames après que le musulman espagnol fut devenu Tennemi de ses frères d'Orient ; ses sympathies vont au musulman éclairé, Aly, qui se fait chrétien parce qu'il ne veut pas retourner à l'ancienne barbarie orientale et rêve pour son pays un idéal glorieux de liberté et de haute culture. En revanche il peint sous les traits les plus odieux les représentants du christianisme fanatique et persécuteur, coupable « d'avoir effrontément violé la promesse qu'il avait faite de respecter la liberté de conscience » et d'avoir contraint les vaincus à embrasser la religion chrétienne ou à quitter l'Espagne. 11 nous montre ici de