Treitschke, Deutsche Geschichte, I, 502 s. ; II, 267 ss
parce qu'elle regardait la Prusse comme un pays arriéré où le peuple gémissait encore sous le despotisme royal ou seigneurial, comme ]a terre classique des junker insolents et ignorants ou du bâton de caporal. Les juifs en particulier étaient navrés lorsqu'ils voyaient l'administration prussienne faire revivre les mesures vexatoires de jadis, réduire de nouveau les israélites à la condition de citoyens de seconde classe, et leur ôter, par exemple, le droit de siéger au jury. Il n'est pas étonnant, dès lors, que Napoléon soit resté pour un grand nombre d'entre eux, notamment pour le père de Heine, le héros libéral par excellence et Témancipateur du peuple. Nul doute aussi que le fils n'ait, dès cette époque, partagé l'enthousiasme du père pour le grand Empereur et pour le régime libéral français, et n'ait ressenti de bonne heure celte aversion instinctive du particularistc rhénan pour l'aigle noire prussienne, à laquelle, plus tard, il adressait cette apostrophe véhémente :
« Vilain oiseau, si jamais tu viens à me tomber entre les mains, je t'arracherai les plumes, je te rognerai les serres.
« Et bien haut dans l'air, au sommet d'un mât, je te percherai, puis je convoquerai pour une joyeuse fête de tir les tireurs d'oiseaux des bords du Rhin.
« Et celui qui me descendra l'oiseau, je lui donnerai le sceptre et la couronne, le brave homme ! Nous sonnerons une fanfare, et nous crierons : Vive le roi ! ' »
Une autre circonstance encore augmentait le mécontentement de Heine contre l'ordre social de son temps ; il était d'une famille israéhte et ne tarda pas à apprendre à ses dépens la vérité de cette boutade qu'il met dans la bouche d'un de ses personnages de roman : « Le judaïsme n'est pas une religion, mais un malheur. » Les israélites comptaient en effet de nombreux ennemis dans toutes les classes de la société, et vivaient encore dans toute l'Allemagne sous un régime d'exception qui variait d'ailleurs suivant les contrées.