III
rÉtat et la Religion, mais il hait « ce monstre qu'on nomme religion d'Etat, créature dérisoire, née du concubinage du pouvoir temporel et de la puissance spirituelle, mulet engendré par le coursier de l'Antéchrist et par l'ânesse du Sauveur ». Les rehgions d'Etat sont le grand fléau de notre temps : elles ne sont pas seulement une menace perpétuelle pour la liberté spirituelle du genre humain, mais encore une entrave au développement matériel des nations. « Sans les religions d'Etat, l'Allemagne serait une et forte, et ses fils seraient grands et libres. Mais notre patrie est déchirée par les dissidences religieuses, le peuple est divisé en partis de religions ennemies : des sujets protestants se querellent avec leurs princes catholiques, des catholiques avec leurs princes protestants. Ce n'est partout que soupçon à l'égard d'un cryptocatholicisme ou d'un crypto-protestantisme; partout accusation d'hérésie, espionnage d'opinions, piétisme, mysticisme, délations des gazettes ecclésiastiques, haines des sectes, maquignonnage religieux, prosélytisme ; et pendant que nous nous disputons pour le ciel, nous nous perdons sur cette terre. L'indifférence en matière de religion serait peut-être le seul moyen de nous sauver, et l'affaiblissement de la foi pourrait donner à l'Allemagne une force politique ^ » — Guerre aux Prêtres! Guerre aux Églises d'Etat! Guerre aux Aristocraties ! — Tel est le mot d'ordre que Heine donne aux amis de la liberté, à tous ceux qui veulent l'émancipation universelle.
Et le principe même des religions, le principe du christianisme, est-il de tout point respectable et sacré aux yeux de Heine? C'est fort douteux. Il honore bien, comme il le dit, l'idée sainte de chaque religion, il admire profondément la touchante figure du Christ, il reconnaît que le christianisme a pu être à certains égards un bienfait pour l'humanité. Mais il déclare nettement « qu'il n'a pas de vénération particulière pour l'anthropomorphisme judaïco-chrétien ^ » ; et il est fort loin d'admirer sans réserves le spiritualisme morose de la reli-