III
6i HENRI HEINE PENSEUR
gion da Christ. Sans doute, le christianisme contient peut-être en germe la religion de Ta venir, la religion de la Liberté ; sans doute le Christ est, sinon le dieu, du moins le prêtre subhme de cette religion '. Mais toutes les religions positives, y compris le christianisme, sont fondées sur « une révélation traditionnelle qui ne se manifeste que chez un petit nombre d'élus, et doit être aveuglément crue par la foule ». Or, ce mode de révélation étant lui-même aristocratique, il ne peut combattre d'une façon efficace le règne des aristocraties, Tinstitution des castes privilégiées. A la religion basée sur la foi et la révélation traditionnelles il faut substituer une religion démocratique basée sur la raison, « celte révélation continuelle qui se reproduit dans la tête de chaque homme, où elle fonde le savoir "-;). C'est à cette religion de la Raison, à la religion de la Liberté, de l'Egalité, de la Fraternité que Heine voue un culte enthousiaste. « Salut , liberté ! jeune soleil du monde rajeuni ! s'ëcrie-t-il. Ces vieux soleils, lamour et la foi, sont ternis et froids, et ne peuvent plus ni éclairer ni réchauffer. Ils sont abandonnés, ces vieux bois de myrtes, qui jadis regorgeaient de population, et il ne reste plus que quelques colombes timides qui nichent dans ces bosquets de la tendresse. Elles tombent, ces vieilles cathédrales qu'élevèrent autrefois à une hauteur gigantesque des races hardiment pieuses qui voulaient édifier leur foi jusque dans le ciel; elles se démolissent pièce à pièce, et leurs dieux ne croient plus à eux-mêmes. Ces dieux sont décrépits, et notre siècle n'a plus assez d'imagination pour en créer de nouveaux. Toute hi force qu'enferme le cœur de l'homme devient aujourd'hui amour de la hbcrté, et la liberté est peut-être la religion de notre temps, et c'est encore une religion qui se prêche, non aux riches, mais aux pauvres, et, elle aussi, a ses apôtres, ses martyrs et ses Ischariotes \ »
Rationaliste enthousiaste, Heine n'en conserve pas moins