III, 1S
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avec la couronne d'épines sur la tête et portant sur l'épaule la grande croix de bois, alors les dieux se turent et pâlirent et s'évanouirent enfin en vapeur. Le Christ était vainqueur'.
Si l'âme de Heine s'ouvre à « la joie sensuelle des Grecs », elle tressaille plus encore , peut-être , en présence de la « divine pensée de Judée ».
Qu'est-ce à l'origine que le christianisme? se demande Heine, si ce n'est la légende sublime d'un dieu caché sous la forme d'un bel adolescent qui s'en va, sous les palmiers de la Judée, prêchant l'amour aux hommes, révélant au monde ces doctrines de liberté et d'égalité que, plus tard, la raison des plus grands penseurs reconnut pour vraies, ces doctrines pour lesquelles combattirent et moururent les héros de la Révolution française et qui sont aujourd'hui l'évangile de tous les hommes de bonne volonté. Le christianisme est, en son essence, identique à la religion de la Raison ; le Christ est le prophète de l'idéal nouveau : « C'est le dieu que j'aime le plus ; non parce qu'il est un dieu légitime, dont le père était déjà dieu, et gouverna le monde depuis un temps immémorial, mais parce que, bien qu'il soit né dauphin du ciel, il a pourtant les sentiments démocratiques, et n'aime pas le faste courtisanesque, et puis parce qu'il n'est pas le dieu d'une aristocratie de pharisiens doctrinaires ni de lansquenets galonnés, mais bien un modeste dieu du peuple, un bon dieu , citoyen. En vérité, si le Christ n'était pas encore dieu, je donnerais ma voix pour qu'il le fût, et bien plus qu'à un dieu absolu et imposé, je lui obéirais, à lui, le dieu élu, le dieu de mon choix ■. »
Dieu d'amour, le Christ est le dieu des malheureux, des déshérités, des souffrants. Et à ce titre aussi Heine le révère. Sans doute il lui déplaît que le christianisme ait enveloppé le monde d'un voile de deuil et de souffrance. Comme Nietzsche, Heine tient le christianisme pour une religion de « décadents » qui voit dans la vie une maladie, dans l'uni-